Après Cléopâtre, la femme la plus célèbre de l’Antiquité, voici Jeanne d’Arc, peut-être une des plus fameuses du Moyen-Âge. Elle serait née vers 1412 en Lorraine durant la nuit des rois, c’est-à-dire la nuit du 6 janvier pendant laquelle les Chrétiens commémorent, l’Épiphanie, la visite des rois mages au Christ à peine né. Mais cette date éminemment symbolique a sans doute été inventée pour ajouter du merveilleux à sa biographie qui n’en manquait déjà pas.
En 1429, elle qui est d’origine paysanne parvient à rencontrer le roi Charles VII et à le convaincre de sa mission sacrée. Ses « voix », les saints Michel, Marguerite d’Antioche et Catherine d’Alexandrie lui auraient demandé de libérer la France des Anglais. On est alors en pleine guerre de 100 ans et une grande partie du royaume des Capétiens est occupé par les troupes venues d’outre-Manche.
– Seule représentation contemporaine connue de Jeanne d’Arc, esquissée en marge d’un registre par Clément de Fauquembergue, greffier du parlement de Paris, le 10 mai 1429. N’ayant jamais vu la Pucelle, le greffier la dessine par ouï-dire. Archives nationales, Registre du Parlement de Paris.
Jeanne, mise à la tête de l’armée française, parvient à libérer la ville d’Orléans et surtout à dégager un couloir jusqu’à Reims pour que Charles VII aille s’y faire sacrer.
Mais dès l’année suivante, sa chance abandonne Jeanne : elle est capturée par les Bourguignons alliés des Anglais à Compiègne et vendue à ceux-ci par Jean de Luxembourg. Jugée à Rouen pour hérésie par le fameux Pierre Cauchon, évêque de Beauvais, elle est condamnée et brûlée vive le 30 mai 1431.
– Jeanne d’Arc à cheval. Enluminure du manuscrit d’Antoine Dufour, Les vies des femmes célèbres, Nantes, musée Dobrée, 1504.
Mais si son histoire s’arrête-là, son mythe ne fait que commencer. Il explose littéralement au XIXe siècle. Jeanne est alors récupérée par les partis de gauche comme de droite qui voient en elle une fille du peuple brûlée par l’Église et abandonnée par le roi ou bien une sainte héroïne défendant la patrie. Au carrefour des deux, le grand historien Michelet en fait une « sainte laïque ».
– Jeanne d’Arc au sacre du roi Charles VII, dans la cathédrale de Reims, huile sur toile de Dominique Ingres, Paris, musée du Louvre, 1854.
Mais, au final, c’est la droite nationaliste qui sort victorieuse de la querelle autour de la symbolique johannique. Jusqu’à récemment, elle a même tenté de la monopoliser, comme en témoigne l’importance de la fête de Jeanne d’Arc orchestrée par le Front national chaque 1er mai entre 1988 et 2015.
Cléopâtre a beau être sans doute la femme le plus célèbre de l’Antiquité, on ignore sa date de naissance exacte. On sait juste qu’elle vient au monde pendant l’hiver 69 ou 68 avant notre ère. D’origine grecque – sa dynastie descend d’un général d’Alexandre le Grand qui s’est emparé de l’Égypte à la mort du conquérant, elle tente toute sa vie de renouer avec les traditions anciennes de son royaume et surtout de lui rendre sa grandeur passée.
Statue de la reine Cléopâtre VII, seconde moitié du Ier siècle av. J.-C., Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg.
Ce n’est pas facile : elle hérite d’une Égypte en proie aux révoltes populaires, à des famines récurrentes et déjà sous la mainmise des Romains. Son règne commence d’ailleurs par une guerre contre son propre frère et époux, à laquelle seule l’arrivée de César met un terme en sa faveur. Si Cléopâtre parvient à séduire le général par son ingéniosité et son charisme, et peut-être à le convaincre de ne pas purement et simplement annexer l’Égypte, elle échoue à sortir son royaume de la tutelle italienne.
Cléopâtre et César par Jean-Léon Gérôme, 1866.
Elle a plus de réussite ensuite avec Marc Antoine. Venu vivre avec elle à Alexandrie, il semble prêt à constituer pour leurs enfants un grand royaume oriental fort et indépendant. Mais c’est compter sans le jeune Octave qui ne veut surtout pas laisser son rival devenir aussi puissant. La guerre, inévitable, se dénoue par la bataille d’Actium où Antoine et Cléopâtre sont vaincus. Leur adversaire prend Alexandrie l’année suivante. Les amants savent que tout est fini et se suicident l’un après l’autre en août 30 av. J.-C. C’est la fin de l’Égypte indépendante.
Marc Antoine et Cléopâtre, interprétés par Richard Burton et Elizabeth Taylor dans Cléopâtre de Joseph L. Mankiewicz en 1963
Cléopâtre a finalement échoué mais elle est entrée dans la légende. Légende noire d’abord, celle des poètes et des historiens romains qui, à la suite d’Octave devenu Auguste, ne verront en elle qu’une « putain » dangereuse pour la « virtus », la virilité des hommes romains, et une « reine » s’en prenant directement aux idéaux républicains – ce qui est assez amusant quand on sait ce que fera Auguste de la République romaine. Légende dorée ensuite des romanciers et des cinéastes qui en feront une héroïne aussi fastueuse que tragique qui fascine encore aujourd’hui.
Petit cadeau de fin d’année : voici la couverture du tome 10 d’ Alix Senator, la Forêt carnivore, qui sortira le 8 avril prochain. Un tome très particulier puisque notre sénateur préféré revient en Gaule sur les traces de son passé.
Ou comment un baron de la drogue a introduit une nouvelle espèce animale en Colombie.
En faisant une petite recherche sur les hippopotames, je suis tombée ce matin sur cette curieuse histoire.
Si vous avez vu la série « Narco », vous savez qu’Escobar a fait aménager un zoo dans son hacienda colombienne dans les années 80. Il y a fait amener 4 hippopotames… pour que l’odeur de leurs excréments trompent le nez des chiens à la recherche de cocaïne. L’histoire ne dit pas si ça a marché. Mais en 1993, le trafiquant est abattu par la police et son zoo démantelé comme son cartel.
Ses complices sont envoyés en prison et ses animaux dans d’autres zoos colombiens. Mais personne ne veut des hippopotames. Trop lourds, trop couteux à déplacer et à nourrir, ils sont abandonnés à leur triste sort… Ils n’ont jamais connu la liberté et ne peuvent rejoindre aucun troupeau existant car il n’en existe tout simplement pas en Amérique du Sud. C’est seulement en Afrique qu’on trouve encore de nos jours des hippopotames vivants dans la nature.
Ceux d’Escobar se retrouvent donc seuls dans leur lac, artificiel mais proche du rio Nare. Loin de se laisser dépérir, ils profitent de leur toute nouvelle liberté pour partir à l’exploration de ce bras d’eau et finissent par s’y installer… et s’y reproduire. Après tout, le climat est tropical, la nourriture abondante et les prédateurs inexistants dans la région. Un vrai petit paradis.
De nos jours, on compte entre 60 et 80 individus. Ils sont devenus les mascottes du village voisin. Mais ils commencent aussi sérieusement à perturber l’environnement qui s’est moins bien adapté à leur présence que l’inverse, d’autant qu’ils continuent à étendre leur territoire aux dépens des espèces préexistantes.
Le mieux serait sans doute que ces animaux soient déplacés dans un parc créé spécialement pour eux. Mais inutile de dire que si le gouvernement colombien n’avait pas les moyens de s’occuper de 4 individus en 93, il les a encore moins de prendre en charge tout un troupeau aujourd’hui. Les hippopotames d’Escobar ne sont pas prêts de quitter de leur verte vallée.
Ci-dessous :
Vanessa, une femelle rejetée par le troupeau et recueillie dans l’ancienne hacienda d’Escobar transformée en parc national (avec l’ancienne maison du narco devenue le « Musée Escobar » !).
Vu dans le magasine Pilote, version Pocket (!) grâce à Xavier Mauméjean (merci) : « ce qu’il y a de vrai dans Astérix ». Décidément, je n’ai rien inventé avec les vrais/faux sur Alix Senator, j’ai juste modernisé le concept en passant du journal au site internet.
Je peux enfin vous l’avouer : j’ai le grand plaisir de faire partie du casting international qui a adapté des nouvelles du grand auteur de science-fiction chinois Liu Cixin en Bande Dessinée, sous l’égide attentionnée de Corinne Bertrand et des éditions chinoises FT Culture.
Cette aventure inédite a été l’occasion de collaborer à nouveau avec Steven Dupré, mon complice du Club des prédateurs, ainsi qu’avec Patrick Van Oppen et Cyril Saint-Blancat aux couleurs. Notre album, pardon notre « roman graphique » comme dit l’annonce, devrait paraître au printemps prochain non seulement en Chine mais aussi en France aux Éditions Delcourt.
Il n’y a pas longtemps Denis, Fabrice et moi sommes allés voir l’exposition Norman Rockwell dans Le Mémorial de Caen. Jusqu’ici vous avez échappé aux statuts sur ce grand illustrateur américain, mais c’est fini, vous allez y avoir droit.
L’original de « Rosie the riveter », « Rosie la riveteuse » en français n’était pas exposé, pourtant c’est une des plus célèbres couvertures du Saturday Evening Post de Rockwell.
Elle fut publiée en mai 1943 et représente une héroïne de la culture pop de la Seconde Guerre Mondiale. Rosie était alors le symbole des femmes qui remplaçaient les hommes partis au front dans les usines américaines, spécialement les usines d’armement. Ici, la riveteuse piétine même « Mein kampf » le livre d’Hitler.
Plusieurs commentateurs en ont profité pour donner une signification quasi religieuse à son geste et l’ont rapprochée des vierges saintes piétinant le dragon/le mal. Il faut dire que, pour la position de la jeune femme, Rockwell s’est inspiré de celle du prophète Isaïe peint par Michel Ange dans la Sainte-Chapelle.
Mais d’autres interprétations ont vu le jour plus récemment. Rosie participe désormais à la réflexion sur le genre, dans la lignée des théories de Judith Butler (« Trouble dans le genre. Le féminisme et la subversion de l’identité »).
Le 18 novembre 1985, apparaissait pour la première fois, « Calvin et Hobbes » un petit garçon et son tigre en peluche… enfin en peluche… habitant la banlieue d’une petite ville du Midwest.
La série de Bill Watterson connut un grand succès immédiat (et bien mérité) jusqu’à être publiée dans plus de 2400 journaux de par le monde. Elle se termina dix ans plus tard, au grand regret de ses fans dont je fais partie.
En novembre 1928, naissait officiellement la souris la plus célèbre du monde : Mickey, dans le court métrage animé : « Steamboat Willie ».
En fait, deux autres dessins animés avaient été réalisés auparavant avec Mickey mais celui-ci remporta un énorme succès public et marqua les esprits avec sa bande sonore, une pionnière du genre.
L’histoire est assez simple. Matelot sur le bateau à vapeur Willie, Mickey subit les foudres de son capitaine, Pat Hibulaire, et interprète la chanson « Turkey in the straw » avec Minnie et les animaux du bord.
Si on sait l’animation due à Ub Iwerks, les historiens hésitent toujours quant à l’identité du compositeur de la musique: Wilfred Jackson, Carl W. Stalling ou Bert Lewis qui travaillaient tous les trois dans le domaine à cette époque.
En tout cas, une chose est sûre : Mickey appartient à la Walt Disney Company et pour longtemps. « Steamboat Willie » aurait dû tomber dans le domaine public en 2003, mais une loi de 1998 repoussa de 75 à 99 ans l’échéance de la protection d’une œuvre créée en nom collectif d’entreprise.