Décor antique, marbre mythologique : le rapt d’Hylas par les nymphes

Le rapt d’Hylas par les nymphes,
panneau en opus sectile du IVe siècle provenant de la basilique de Junius Bassus sur l’Esquilin, conservée au palais Massimo alle Terme, à Rome.

Pour les curieux :
– Selon la mythologie grecque, Hylas était un jeune prince amant du célèbre Héraclès, l’Hercule des Grecs. Il l’accompagna lors de l’expédition des Argonautes mais, lors d’une escale en Bithynie, au nord de l’Asie Mineure, le jeune homme disparut. Héraclès descendit à terre pour le chercher et laissa les autres héros repartir sans lui. Hélas, il ne retrouva jamais son bien-aimé : des nymphes avaient été subjuguées par sa beauté et l’avaient attiré au fond de leur cours d’eau pour le garder pour elles à jamais.
– l’opus sextile (« appareil découpé » en latin) est un savant assemblage de plaquettes de marbres de différentes couleurs. Il était très utilisé dans l’empire romain où il était déjà signe à la fois de richesse et de raffinement.
– Junius Bassus était un grand aristocrate romain du IVe siècle de notre ère. Il fut préfet du prétoire et consul sous l’empereur Constantin. En 331, il fit construire une basilique, un grand édifice public rectangulaire sans connotation religieuse à l’époque, sur l’Esquilin, une des colline de la ville. Des éléments de décor dont le panneau que je vous montre, furent découverts lors de fouilles pendant les années 1930.

Publié le Catégories Actualités générales, Arts et Lettres, Histoire, Histoire antique
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Quand Molière jouait César

Il y a 400 ans, Molière naissait à Paris. Aujourd’hui son nom est synonyme d’auteur de comédie. Mais avant d’être écrivain, Jean-Baptiste Poquelin fut comédien et avant de s’illustrer dans la farce, il joua des tragédies.

Pierre Mignard, 1658, Musée de la vie romantique, Paris.

Vous le voyez ci-dessus dans le costume de César qu’il porta pour jouer La Mort de Pompée de Corneille.

La même pièce inspira le second tableau que je vous montre : Molière en César servit de modèle à Mars et sa compagne, Madeleine Béjart qui interprétait Cléopâtre devint la belle Vénus.

Pierre Mignard, 1658, musée des Beaux-Arts d’Aix-en-Provence

 

Peinture rupestre… ou presque

Essayons de commencer cette année avec une histoire amusante. La photo que je vous montre ci-dessous aurait pu être prise en 2005 au British Museum, section art paléolithique où cette pierre était exposée. Oui, cette pierre avec une silhouette… poussant un caddie vers un bison criblé de flèches.

Rassurez-vous, je ne vais pas vous dire que j’ai réussi à remonter le temps jusqu’à l’époque préhistorique. C’est, bien sûr, un canular comme on s’en rend compte en lisant de près le carton de présentation de l’œuvre.

En 2005, Bansky, bien moins célèbre qu’aujourd’hui mais déjà critique de notre société de consommation, avait installé cette pierre et son cartel au musée sans que personne ne s’en aperçoive… jusqu’à ce qu’il avoue lui-même son forfait sur son site internet 3 jours plus tard.
La pierre fut immédiatement retirée.

Mais elle revint pourtant au British Museum en 2018 et officiellement cette fois. On pu l’admirer au cours d’une exposition consacrée… aux objets utilisés par les contestataires !

Diableries stéréoscopiques

Je viens de tomber par hasard sur des photos stéréo particulièrement appréciées/étudiées par Brian May, vous savez l’astrophysicien qui jouait de la guitare dans le groupe Queen quand il était jeune, oui, lui. Bref, ces clichés m’ont aussi particulièrement intéressée.

Vous connaissez mon goût pour les vanités et les représentations de la mort en tous genres si vous me suivez depuis un moment. Eh bien, il s’agit des Diableries, des photos de François Lamiche de sculptures représentant la vie en Enfer réalisées en argile par Louis Habert, Louis-Edmond Cougny et Pierre Hennetier.

Créées à partir de 1860, elles sont une satire de la vie sous le Second Empire. Je vous en montre quelques-unes ci-dessous (en version non-stéréo).

Utopiales 2021

Chères amies et amis, je serai comme tous les ans au prochain festival des Utopiales de Nantes. Il se tiendra à la Cité des Congrès du 29 octobre au 1 novembre prochain sur le thème des « Transformations » :
« La science-fiction l’avait prédit et le Fléau est là. Pour la première fois de son histoire peut-être notre espèce doit affronter globalement une calamité commune. Nous sommes tous, les êtres humains, au coude à coude pour gérer la situation collective. Que ferons-nous demain ? Parviendrons-nous à réformer suffisamment nos désirs, comportements et usages afin de faire face aux épreuves prochaines ?
La transformation est peut-être la clé de l’avenir. »

Je serai, bien sûr, là pour discuter avec vous, mais aussi participer et modérer plusieurs tables rondes :

– Déformation du super-héros
Scène Shayol
Vendredi 29 octobre 11h30

D’abord, le torse lisse, taillés dans l’acier et vêtus de costumes trois pièces bien repassés sous leur identité publique tel Superman, les super-héros ont vite abordé le versant Dark, avec Batman, puis trash, grossier, voire ultra-violent tel Wolverine, pour finalement basculer vers la dérision grinçante avec Deadpool, le petit frère de Wolverine ou les déclinaisons des Misfits, The Boys, voire The Tick. Quel sera leur prochain avatar ?

Avec : Valérie Mangin, M.R. Carey, Yoann
Modération : Gilles Francescano

– Transféminisations : l’avenir de l’humain est-elle une fiction ?
Espace CIC Ouest
Dimanche 31 octobre à 12h

La science-fiction s’est peu à peu transformée grâce à ses autrices, ses lectrices et ses héroïnes. Dans quelle mesure cette féminisation a-t-elle modifié le genre ? La science-fiction a-t-elle un rôle à jouer pour la conscientisation féministe ? Conduit-elle à jeter le trouble dans l’identité sexuelle ?

Avec : Morgane Stankiewiez, Valérie Mangin, A-S. Devriese
Modération : Vincent Bontems

– Le reste et l’absence de ce qui fut
Scène Shayol
Dimanche 31 octobre à 14h

Les civilisations bâtissent pyramides ou statues monumentales, sépultures ou inscriptions officielles destinées à leur survivre. Mais elles laissent également leurs instruments de cuisine, leurs graffitis et leurs ordures. Quant à nous, nous découvrons avec stupéfaction que le lissoir, instrument moderne de tannerie, nous est parvenu presque inchangé depuis l’époque de son créateur : l’homme de Neandertal. Que nous raconte ce décalage ?

Avec : Perig Pitrou, Jean-Paul Demoule, Claire Duvivier
Modération : Valérie Mangin

– Transformations et évolutions des mythes fondateurs
Espace CIC Ouest
Dimanche 31 octobre à 17h

La fonction première du mythe est de donner une explication à l’apparition d’une chose, d’un être, d’un rite, d’une idée dans le monde. C’est pourquoi il existe aussi bien une mythologie religieuse que scientifique, chacun de ces discours visant la plupart du temps à soutenir les modèles normatifs dominants des sociétés qui les ont produits. Quelles évolutions pour nos mythes fondateurs ? Où sont passés les Indo-Européens ?

Avec : Jean-Paul Demoule, Joseph Béhé, Pierre Bordage
Modération : Valérie Mangin

– Les marques de nos transitions
Salle 2001
Lundi 1er novembre à 10h15

Les changements, actes et transitions de notre vie sont bien souvent marqués par des documents numériques ou matériels, bulletins de naissance, retraits d’argent, achats en ligne, passages à l’hôtel, certificats de décès. Certains de ces marqueurs disparaissent, d’autres perdurent, parfois dissimulés. D’autres, enfin, non seulement ne s’effacent pas, mais se reproduisent numériquement. Quel est le parcours de nos transitions, sans nous ?

Avec : Esther, Perig Pitrou, _lila*
Modération : Valérie Mangin

Et pour découvrir le reste du programme, c’est par ici : Le programme des Utopiales

Alix et Alix senator contre le Minotaure

Je ne résiste pas au plaisir de vous montrer dès maintenant la couverture du prochain Alix Senator qui sortira en janvier prochain.

Vous ne rêvez pas, elle rappelle bien la couverture du prochain album du jeune Alix qui arrive en novembre. Et pour cause, le sénateur va retourner sur les lieux de son aventure de jeunesse et affronter une nouvelle fois le mystérieux minotaure qui donne son nom aux deux albums.

“L’Œil du minotaure” (Alix, t.40) et “L’Antre du minotaure” (Alix senator t.13) peuvent bien sûr se lire séparément sans problème. Mais ils forment aussi un diptyque et résonnent chacun l’un avec l’autre.

Lier ainsi les deux séries n’a pas été une mince affaire et je dois remercier Chrys Millien, Thierry Démarez et #jeanjacqueschagnaud d’avoir joué le jeu à fond avec moi.

Un grand merci aussi au Comité Martin et à Casterman de m’avoir fait confiance une nouvelle fois.

Alix et l’œil du Minotaure

Alix n’a pas toujours été sénateur. Le 10 novembre, vous le retrouverez, jeune et déjà beau, dans “L’œil du minotaure” que j’ai réalisé avec un autre nouveau venu sur la série : Chrys Millien.

” A Rome, Servilia, maitresse de Jules César et mère de Brutus, se meure à petit feu empoisonnée par un bijou que lui a offert le dictateur.
Persuadé qu’il était la cible de l’empoisonnement, César lance Brutus et ses amis Alix et Enak sur les traces du marchand grec qui lui a vendu cette perle après son triomphe gaulois.
Démarre alors une haletante course poursuite en mer Méditerranée. L’enquête mènera nos héros jusqu’en Crète au cœur du labyrinthe sacré du monstrueux Minotaure…”

L’île de Philae

Dans le tome 12 d’Alix senator, le voyage d’Alix et de ses compagnons commence au temple d’Isis situé sur l’île de Philae, près de la première cataracte du Nil.

Vue du temple d’Isis depuis l’ouest en 2006 sur l’île d’Aguilkia.
© Ivan Marcialis

Dans l’Antiquité, ce temple était le principal sanctuaire de la déesse Isis. Je vous en parle sur le site Alixsenator.com, ici : Philae

Le temple que l’on peut encore voir aujourd’hui fut édifié à partir du IVe siècle avant notre ère. Auguste y fit bâtir un portique fermant son esplanade. Du côté ouest, les fenêtres du sanctuaire donnaient directement sur l’île voisine de Biggeh où Alix découvre le fémur d’Osiris.

Temple d’Isis vu depuis le lac, île de Philae, Égypte
© Rémih

De très nombreux fidèles venaient pour vénérer le couple divin, notamment de Nubie. C’était si important que, quand le culte d’Isis fut interdit dans l’empire romain pendant la période chrétienne, il continua d’être célébré à Philae exclusivement pour les Nubiens.

Hélas, après la construction du premier barrage d’Assouan en 1894, les eaux du lac de retenue commencèrent à recouvrir l’île dix mois sur douze. Puis, dans les années 60, avec l’édification du second barrage, les restes du sanctuaire furent inondés toute l’année. Pour les sauver, ils furent démontés et réinstallés en 1974 sur l’île d’Aguilkia, trois cent mètres au nord de celle de Philae.

La Chimère d’Arezzo

Curieusement, je ne vous ai encore jamais parlé de cet impressionnant bronze étrusque de près d’1,30 mètres de long. C’est bien dommage 🙂

Voici donc la Chimère de bronze découverte à Arezzo (Toscane) en 1553.

La Chimère est un monstre de la mythologie grecque, un ancêtre du dragon. Elle a le corps d’un lion, une queue en forme de serpent et une tête de chèvre qui émerge de son dos. Son nom est d’ailleurs dérivé de « Khimaira », petite chèvre en grec. Elle crache du feu et a l’habitude de tout détruire autour d’elle jusqu’à ce que le héros Bellérophon, monté sur Pégase, la tue d’un coup de lance.

La statue la représente d’ailleurs en position de repli, avec la tête de chèvre pendante et des blessures sur le cou : son combat est presque fini. Ça a fait penser qu’elle devait être originellement accompagnée d’une autre statue représentant Bellérophon, mais celle-ci a été perdue. La queue en forme de serpent de la Chimère avait disparu aussi lors de la découverte du bronze : celle que l’on voit est un ajout de la fin du XVIIIe siècle.

© Archives Alinari, Florence, Dist. RMN – Grand Palais / Georges Tatge

La statue elle-même date probablement du Ve siècle avant notre ère. C’est un ex-voto dédié à Tinia, le plus grand dieu des Étrusques, le peuple qui habitait la Toscane à cette époque. Il était alors fortement influencé par l’art grec qui arrivait via l’Italie du sud où plusieurs colonies helléniques était installées.

Trouvée lors de la réfection des murailles d’Arezzo, la Chimère entra immédiatement dans les collections de Cosme Ier de Médicis alors duc de Florence. Celui-ci, très ambitieux, cherchait à étendre son pouvoir sur l’Italie du nord et à faire pièce à Rome. La découverte de la Chimère lui permit de valoriser son héritage étrusque – un peuple présent en Toscane avant les Romains – tout en mettant en avant ses qualités de grand mécène. Il installa la statue dans son palais d’où elle fut transportée à la galerie des Offices puis au Musée archéologique de Florence où elle se trouve toujours.