Gueule cassée

On commémore ce 11 novembre l’armistice de la Première Guerre Mondiale.
S’il y a bien un monument aux morts qui symbolise pour moi toute l’horreur sans fin de la guerre, c’est bien celui de Trévière près de chez nous. Et encore les photos ne suffisent pas à rendre le saisissement que l’on éprouve devant l’affreuse mutilation de la statue.

« Le monument aux morts de Trévières est un des plus émouvants de Normandie. Sculpté en 1920 par le sculpteur local Edmond de Laheudrie (1861-1946), il fut endommagé au cours de la Seconde Guerre mondiale par un éclat d’obus qui arracha la partie inférieure du visage de la statue. Cette femme, qui à l’origine représentait la victoire, est devenue symbole des gueules cassées de la guerre 14-18. »

Photo © Serge Philippe Lecourt

Publié le Catégories Arts et Lettres, Bayeux, Histoire contemporaine
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Pétain et Hitler à Montoire

La poignée de main entre Philippe Pétain et Adolf Hitler le 24 octobre 1940 à Montoire.

Dans le discours radiodiffusé qui suivit l’entrevue, le maréchal affirma entrer de son plein gré, « dans l’honneur », « dans la voie de la collaboration. »

Au moins 76 000 Juifs parmi lesquels 11 000 enfants, non réclamés au départ par les Allemands, ont été déportés de France sous l’Occupation, à 80 % après avoir été arrêtés par la police française du maréchal. Un tiers avait la nationalité française. Seuls 3 % survécurent aux déportations dans les camps de concentration.

Sans compter toutes les autres victimes.

Pétain fut ensuite frappé d’indignité nationale par arrêt du 15 août 1945. Il fut condamné à la confiscation de ses biens et à la peine de mort.
Sa peine fut commuée en emprisonnement à perpétuité par le général de Gaulle, alors chef du Gouvernement provisoire de la République française.

Les très riches Heures : novembre

Vous n’espériez pas y échapper, n’est-ce pas ?

Ce mois-ci, les très riches Heures du duc de Berry représentent une scène de glandée. le paysan donne des coups de bâton dans les branches des chênes pour faire tomber les glands et nourrir son troupeau de cochons qui, abattu et salé, le nourrira tout l’hiver.
En général, cette activité est autorisée par le seigneur qui possède le bois de la Saint-Rémi, le 1er octobre, à la Saint-André, le 30 novembre.

Le paysage vallonné qui se trouve à l’arrière-plan est parfois rapproché de celui de la Savoie. Cette illustration n’aurait alors pas été réalisée par les frères Limbourg pour le duc de Berry mais par leur successeur, Jean Colombe, alors au service de Charles 1er de Savoie.

Pour découvrir les autres mois : juillet, août, septembre, octobre ainsi qu’une fête chrétienne illustrée dans le livre : l’Ascension

 

Osamu Tezuka

Le 3 novembre 1928 naissait à Toyonaka, le maître du manga, Osamu Tezuka.

Comme son père possédait un projecteur de film, il eut accès très jeune aux films de Charlie Chaplin et à ceux de Walt Disney. Il fut particulièrement marqué par « Bambi » et cela influença ensuite grandement son style graphique.

Il commença aussi à dessiner dès l’enfance et publia ses premiers mangas dès 1946. Il continua tout en entamant des études de médecine à l’université d’Osaka. Dès 1947, il rencontra son premier succès avec « La Nouvelle Île au trésor » réalisée en collaboration avec Shichima Sakai. Ils en vendirent plus de 400 000 exemplaires.

En 1952, Tezuka créa « Astro Boy » qui fit rêver des générations d’enfants tout autour du monde :

Pour répondre aux impératifs de productivité du manga, Tezuka alla s’installer à Tokyo en 1953 à la villa Tokiwa. Il s’y entoura de toute une équipe de dessinateurs qui l’assistaient dans ses planches: ils cherchaient la documentation, faisaient les décors, les trames…

Huit ans plus tard, Tezuka fonda des studios d’animation : Mushi production. Cette indépendance lui permit d’innover autant qu’il le voulait et de développer des courts métrages expérimentaux comme « Tableaux d’une exposition » en 1966. Parallèlement, Tezuka adapta ses manga en dessins animés. Astro Boy devint en 1963 la première série animée à diffusion hebdomadaire. Deux ans plus tard, « Le Roi Léo » fut une des premières séries en couleurs.
Malheureusement, les studios Mushi firent faillit en 1973. Tezuka dut fonder une nouvelle société : Tezuka Productions.

Il continua à dessiner jusqu’à sa mort le 9 février 1989 à Tokyo. « Dieu du manga », il reçut des funérailles nationales.

Au total, Tezuka et ses studios réalisèrent plus de 700 œuvres originales, plus de 170 000 pages dessinées et environ 70 séries animées, longs et courts métrages d’animation.
Ils abordèrent un grand nombre de thèmes historiques, fantastiques et même religieux (« La Vie de Bouddha »). Ils publièrent autant pour le jeune public que pour les adultes. « L’Histoire des 3 Adolfs » ou « Ayako » sont autant de fictions dramatiques sur les errements des hommes pendant et après la Seconde Guerre Mondiale.

Plus de 120 millions mangas ont été vendus depuis la mort de Tezuka.

Hors du Japon, ses œuvres connurent également un grand succès, même si les réticences, si ce n’est les oppositions furent nombreuses. Disney s’opposa ainsi longtemps à la diffusion des séries animées du mangaka par crainte de la concurrence qu’elles représentaient pour ses propres productions.
En France, les séries animées « Astro » mais aussi « Princesse Saphir » et « Le Roi Léo » furent diffusées seulement dans les années 80. Quelques mangas furent aussi publiés à cette époque mais dans une indifférence assez générale. Il fallut attendre les années 2000 pour que les traductions se multiplient et connaissent une diffusion plus importante.

La Guerre des mondes

Le 30 octobre 1938, Orson Wells racontait « La Guerre des mondes » sur le réseau radiophonique CBS et faisait souffler un vent de panique sur l’Amérique… enfin presque.

Wells n’en était pas à son premier forfait. Il avait déjà adapté sur les ondes « L’Île au trésor », « Jane Eyre », « Jules César », « Le Tour du monde en quatre-vingts jours » à la satisfaction de tous. Mais c’est la première fois qu’il se lançait dans un sujet de science-fiction.

Accaparé par le « Danton » qu’il répétait au théâtre, Wells laissa les scénaristes-adaptateurs de la « Guerre des mondes » travailler quasi-seuls. Le projet les intéressait peu et les premiers enregistrements furent très moyens. Wells décida alors de basculer l’histoire dans le présent et de rompre avec l’unité de lieu du roman.

Le 30 octobre, se faisant passer pour un présentateur de CBS qui interrompait le programme, Wells entama la dramatique radio et… terrorisa toute la côte ouest des États-Unis.

Enfin, pas tant que ça en réalité. Peu d’auditeurs écoutaient CBS ce soir-là. Il y avait des émissions très populaires à la même heure sur d’autres stations de radio. Et surtout, très peu d’auditeurs prirent l’émission au sérieux. Les prétendues scènes de paniques relatées par quelques journaux le lendemain furent sans doute inventées tout comme les soi-disant émeutes ou vagues de crises cardiaques. On est à un moment où le succès grandissant de la radio effrayait la presse et où tout semblait bon pour mettre en garde le public contre ce nouveau média envahissant.

Peu de gens prirent d’ailleurs ces nouvelles au sérieux à l’époque. Il fallut que, deux ans plus tard, un sociologue s’en empare et les « adapte » un peu pour étayer une théorie sur la psychologie des masses pour que tous se mettent à adhérer à la peur des Martiens. La légende était née. Elle ne fera que s’amplifier par la suite. Et Wells ne fera rien pour l’arrêter au contraire et elle fera beaucoup pour sa célébrité.

Ci-dessous, la une du New York times et une photo du jeune Orson Wells (© Costa/Leemage).

 

Astérix

Le 29 octobre 1959, apparait pour la première fois, le personnage d’Astérix.

René Goscinny et Albert Uderzo collaborent depuis le début des années 50, mais aucun de leurs projets n’a encore rencontré le succès.

En 1959, ils sont contacté par François Clauteaux, un publicitaire, qui veut lancer un journal pour la jeunesse : Pilote. Il leur demande de remplir les pages BD du magasine avec Jean-Michel Charlier.

Uderzo et Goscinny pensent d’abord adapter « le Roman de Renart », un ensemble d’histoires du Moyen-Âge mettant en scène des animaux, mais Raymond Poïvet, un ami dessinateur qui travaille pour le journal Vaillant, leur apprend que celui-ci a déjà publié une adaptation du Roman par Jean Trubert.

Les deux auteurs doivent repenser leur projet alors que le n°1 de Pilote doit sortir seulement deux mois plus tard. Goscinny pense alors à réaliser une BD sur le « folklore français ». Uderzo commence à énumérer les grandes périodes de l’Histoire de France et les deux hommes se rendent compte que celle des Gaulois est encore inexploitée.
Ensuite, comme le dit Goscinny : «  Le personnage (d’Astérix) a été inventé en deux heures par Uderzo et moi, dans un éclat de rire ! ». Uderzo lui donne un compagnon « bas de poitrine » et le tour est joué.

« Astérix le Gaulois » apparaît donc dans le n°1 de Pilote en octobre 1959. 300 000 exemplaires du journal seront écoulés et la série connaîtra plus tard un grand succès auprès des lecteurs.

Aujourd’hui 370 millions d’albums d’Astérix ont été vendus en 111 langues. La série a été déclinée en dessins animés, films, feuilletons radiophoniques, disques, jeux, parc de loisir…

Ci-dessous la couverture du Pilote du 1er avril 1965 :

Alix senator 8 : le premium

Après la couverture de l’édition classique du tome 8 d’ Alix Senator , voici celle de l’édition premium, toujours avec notre sénateur préféré sur son fier destrier.
Je vous montre aussi la première page du supplément sur Pétra, la cité cachée du désert.
C’est toujours avec Thierry Démarez aux croquis et toujours aux éditions Casterman.

 

Ursula K. Le Guin

Ursula Kroeber, future épouse de Charles Le Guin, est née le 21 octobre 1929 en Californie dans une famille d’anthropologues. Dès 11 ans, elle envoie une nouvelle au magazine Astounding Science Fiction (qui la refuse) et il lui faut attendre les années 60 pour commencer à publier régulièrement des histoires fantastiques.

Elle devient célèbre en 1969 avec « La Main gauche de la nuit » qui reçoit le prix Hugo. Dans ce roman, le Terrien Genly Ai rejoint la planète Nivôse pour convaincre ses dirigeants d’entrer dans une vaste organisation interplanétaire. Mais les habitants de ce monde sont très différents de ceux de la Terre : ils sont asexués sauf pendant une brève période mensuelle. Il leur pousse alors aléatoirement des organes sexuels féminins ou masculins. Tous sont parfois des « ils » et parfois des « elles ». Cette société ne connaît donc pas de genres différenciés. Cela trouble énormément le héros qui paraît également bien étrange aux yeux de ses hôtes : sexué et « homme » tout le temps, c’est un phénomène de foire pour eux.

Par la suite, Ursula Le Guin continue bien sûr à publier. Elle est notamment l’autrice de grands cycles de fantasy comme celui de Terremer ou celui de l’Ekumen (dont fait partie la Main gauche) mais aussi d’essais, de recueils de poésie, de littérature jeunesse…

Peu intéressée par les questions technologiques, elle s’interroge énormément sur la condition humaine, souvent par le biais de la sociologie ou d’anthropologie. Influencée par Charles Dickens, Virginia Woolf, Philip K. Dick ou encore… Charles Darwin, elle évite cependant la création de dystopies et leur préfère des utopies réalistes.
Pour citer Gérard Klein : « c’est en réintroduisant l’utopie dans la science-fiction, qui avait surtout cultivé l’anti-utopie, qu’elle affirme son ambition : faire ou plutôt refaire de la science-fiction une littérature expérimentale sur le terrain social et renouer par là avec la tradition de H.G. Wells. »

Ursula Le Guin écrit jusqu’à un âge avancé. En 2008, sort « Lavinia », son dernier roman dont l’héroïne est l’épouse… d’Énée, le prince Troyen venu en Italie dont je vous parle régulièrement, un roman que je n’ai pas encore lu (mais ça ne saurait tarder).

La romancière meurt finalement le 22 janvier dernier après avoir reçu cinq prix Hugo, six Nebula dix-neuf prix Locus et le National Book Award pour l’ensemble de sa carrière.

Saint Luc

C’est la fête de saint Luc aujourd’hui dans le calendrier catholique. Il a donné son nom à l’Ecole Supérieure des Arts de Bruxelles et à celle de Tournai où beaucoup d’auteurs de Bande Dessinée se sont formés.

Bien sûr, ce n’est pas par hasard. Saint Luc est le patron des artistes, des peintres… Dans Trois Christs, je me suis d’ailleurs amusée à donner son nom au sculpteur qui doit réaliser un bas-relief de la crucifixion à Lirey et qui finit par réaliser le fameux Saint Suaire.

Mais d’où vient ce lien entre le saint et l’Art ?

L’Histoire nous dit très peu de choses du vrai « Luc », le rédacteur de l’Évangile homonyme ainsi que des Actes des Apôtres. Tout juste pense-t-on qu’il a vécu à la fin du 1er siècle après Jésus-Christ et qu’il maîtrisait autant la culture juive que la culture hellénistique.

La tradition chrétienne, largement remise en cause de nos jours, était plus prolixe sur lui : elle faisait de Luc un médecin originaire d’Antioche en Syrie… qui aurait peint plusieurs portraits de la Vierge.

Saint Luc dessinant la Vierge par Rogier van der Weyden, v. 1435–1440, Musée des beaux-arts de Boston, Massachusetts, États-Unis.

Des icônes lui furent même attribuées plus tard, bien qu’elles soient en réalité beaucoup plus récentes. En voici quelques exemples :