Fdj : Marina Raskova et les sorcières de la nuit

Née le 28 mars 1912 d’une professeure et d’un chanteur d’opéra, Marina Raskova s’orienta vers une carrière de chimiste mais elle ne resta pas longtemps dans l’industrie soviétique. Ayant obtenu son brevet d’aviatrice, elle devint pilote d’essai en 1937 et entra au NKVD, l’ancêtre du KGB deux ans plus tard.

Entre temps, elle était devenue célèbre en survivant à un vol vers Komsomolsk qui s’était terminé en catastrophe : elle avait dû s’éjecter de son avion et, selon la légende, avait survécu dix jours dans la neige en mangeant seulement deux barres au chocolat.

Devenue à cette occasion une intime de Staline, elle forma à sa demande trois escadrons composés uniquement de femmes durant le Deuxième Guerre Mondiale. L’un d’eux, le 588e, servit à Stalingrad et devint fameux sous le surnom donné par les Allemands de « Sorcières de la nuit », à cause de ses attaques nocturnes.

Mais c’est aussi durant la bataille de Stalingrad que Marina Raskova trouva la mort le 4 janvier 1943 à seulement 30 ans : son avion heurta une falaise pendant une tempête de neige. Staline organisa des funérailles nationales à celle qui était devenue “une héroïne de l’Union soviétique” et fit placer ses cendres dans la nécropole du mur du Kremlin.

Marina Raskova en 1938, Photo de Aleksandr Gribovsky

Fdj : la comtesse de Castiglione

Virginia Oldoïni, contessa di Castiglione est née à Florence le 22 mars 1837. Elle a à peine 18 ans quand son cousin, le comte de Cavour, lui demande de séduire Napoléon III afin de lui faire soutenir l’unification de l’Italie alors en pleine gestation. Mariée et tout juste mère d’un petit garçon, elle accepte sans hésiter.

Elle rencontre l’empereur à un bal en janvier 1856 et lui plait immédiatement. Il faut dire qu’il a 30 ans de plus qu’elle et qu’elle est réputée être « la plus belle femme de son siècle ». Mais le double adultère fait scandale. Le comte de Castiglione, qu’elle a ruiné au passage, doit se séparer de son épouse. Elle reste seule à Paris jusqu’au 5 avril 1857.

Cette nuit-là, Napoléon III manque de se faire assassiner en sortant de chez elle par trois Italiens à la solde des républicains et révolutionnaires de leur pays. Soupçonnée à tort de complicité, Virginia est expulsée de France… où elle revient un mois plus tard.

Son influence a-t-elle été décisive ?

En tout cas, l’année suivante, en juillet 1858, a lieu l’entrevue secrète de Plombière entre l’empereur et le comte de Cavour. Elle aboutit à une alliance, définissant une stratégie pour que l’unité italienne voit le jour. En échange de l’aide de la France, le futur chef du gouvernement italien promet à Napoléon III la Savoie et la ville de Nice. Elles deviendront effectivement françaises deux ans plus tard.

La comtesse connaît ensuite un grand succès dans toutes les cours européennes. Mais elle ne supporte pas de vieillir et de voir sa beauté décliner. Elle s’enferme petit à petit dans son appartement. Elle en fait voiler les miroirs et ne sort plus qu’à la nuit tombée pour que les passants ne puissent pas voir « les ravages du temps » sur son visage.

Elle meurt finalement en 1899, âgée seulement de 62 ans. Elle qui fut une des femmes les plus aimées et les plus admirées de sa génération n’a plus alors pour seuls compagnons que ses chiens empaillés .

La comtesse photographiée par Pierre-Louis Pierson dans les années 1860.

Pallas et le centaure

Allégorie du jour :
“Pallas et le centaure” ou la Raison doit dominer les bas instincts ou ” Tu resteras chez toi tant qu’on te le demandera, nom de Zeus !”

Cette peinture allégorique peinte par Sandro Botticelli en 1482 sera à nouveau visible dès la fin du confinement au Musée des Offices de Florence.

Pallas est un autre nom de la déesse Athéna, divinité de la Sagesse, qui apaise ici de la main un centaure, chimère mi-homme – mi-cheval symbole dans l’Antiquité et la Renaissance de bestialité.

Sorties repoussées pour Alix senator 10 et Jhen 18

C’était devenu inévitable : les sorties du tome 10 d’ Alix Senator et du tome 18 de Jhen sont repoussées sine die.

Ce n’est pas ce qui arrive de pire en ce moment, j’ai même de la chance par rapport à mes amis auteurs dont les livres sont parus au moment même où les librairies fermaient.

J’ai évidemment un peu de vague à l’âme, mais ce n’est que partie remise. On se rattrapera dès que tout ça sera derrière nous. 🙂

D’ici là, bon courage à tous, en particulier à ceux qui sont en première ligne !

 

La licorne en captivité

C’est l’allégorie du jour, la tapisserie finale de la série de la « Chasse à la licorne » qui en compte sept.

Réalisées peu de temps avant la fameuse « Dame à la licorne », elles ont sans doute été tissées à Bruxelles ou à Liège à l’occasion du (troisième) mariage d’Anne de Bretagne avec le roi de France Louis XII en 1499.

(Anne de Bretagne, la même qui a commandé le tombeau de la cathédrale de Nantes avec l’étrange allégorie bicéphale de la Prudence, une femme de goût donc 🙂 )

Ces tapisseries sont aujourd’hui conservées à New York au Musée des Cloîtres. Il faut dire qu’elles ont longtemps intéressé très peu de gens en France.

À la Révolution, saisies comme biens nationaux, elles ont même servi pour recouvrir un stock de pommes de terre.

Je vous laisse admirer le fond de mille-fleurs.

Fdj : Rosa Bonheur

Rosa Bonheur photographiée par Eugène Disdéri en 1865

Le 16 mars 1822, naissait à Bordeaux la future peintre et sculptrice Rosa Bonheur. Spécialisée dans la peinture animalière, elle connut un très grand succès de son vivant. Dès 1856, elle n’eut même plus besoin d’exposer au Salon : toutes ses œuvres étaient vendues d’avance. Les amateurs spéculaient déjà sur elles et certaines partirent jusqu’aux États-Unis.

Le Marché aux chevaux (1853), New York, Metropolitan Museum of Art.

En 1867, Rosa Bonheur, devenue riche, fut même la première femme artiste à recevoir la légion d’honneur. L’impératrice Eugénie la lui donna en personne. Elle voulait montrer que « le génie n’avait pas de sexe ». Cependant, la peintre ne fit jamais l’unanimité. De nombreux critiques lui reprochèrent son indifférence pour les courants artistiques qui modernisèrent la peinture de son époque. Ils en firent le symbole du conservatisme tant pictural que politique.

Labourage nivernais (1849), Paris, Musée d’Orsay.

Pourtant, si Rosa Bonheur fut effectivement très conservatrice sur bien des aspects, elle mena une vie de femme bien en avance sur son temps. Elle refusa obstinément de se marier pour garder son indépendance financière autant que par désintérêt envers les hommes. Mais elle ne vécut pas seule pour autant. Quoique niant toute homosexualité (on est au XIXe siècle), elle s’installa avec deux compagnes successives, peintres comme elle. Ensemble, elles organisèrent la diffusion des leurs œuvres sous forme d’estampes, organisèrent un atelier de production et développèrent tout un « marketing » autour de Rosa et de ses tableaux.

Permission de travestissement accordée par la préfecture de police à Rosa Bonheur en 1857

En 1889, lors de l’Exposition universelle de Paris, elle se lia même à Buffalo Bill et partit à Chicago en 1893 où elle rencontra également le succès.

Portrait de Buffalo Bill (1889), Cody (Wyoming), Whitney Gallery of Western Art Collection.

Elle mourut d’une congestion pulmonaire six ans plus tard, laissant derrière elle plus de 2 100 œuvres. Elles sont aujourd’hui dispersées dans des musées du monde entier mais on peut encore visiter l’atelier de l’artiste dans son château de By, près de Paris.

Les Ides de mars 2020

Bon les amis, c’est aujourd’hui les ides de mars… Je sais bien que vous avez d’autres choses à penser vu l’actualité. Moi aussi et c’est pourquoi vous avez pu constater que mes statuts portraits ou autres se faisaient plus rares ces temps-ci.

Mais, pour conserver un lien avec l’Histoire, le peplum, l’Art et tout ce qui n’est pas justement dans l’actualité immédiate, voici “La Mort de César” par Jean-Léon Gérôme (1859-1867, Walters art museum).

Bon courage à tous.

Les Ides de Mars

Au matin des ides de mars 44 avant Jésus-Christ, Jules César, mon dictateur perpétuel préféré, était assassiné de 23 coups de couteau par une conjuration de sénateurs au pied de la statue de Pompée, son meilleur ennemi.

Menés par Marcus Junius Brutus et Caius Cassius Longinus, ces grands aristocrates romains s’opposaient à la dérive autocratique de César. Ils ne se rendaient pas compte que leur défense désespérée de la République romaine traditionnelle allait relancer les guerres civiles et surtout ouvrir la voie au petit-neveu de César, le futur Auguste.

J’ai toujours voulu représenter ce tragique événement dans une de mes BD. Cela paraissait difficile dans Alix Senator qui se déroule une trentaine d’années après. Mais j’ai trouvé une solution dans la lignée de Jacques Martin. Ne pouvant raconter directement l’aventure de Spartacus, il consacre un album à son fils où un ancien révolté évoque ses souvenirs de la guerre servile. Dans Alix Senator, j’imagine donc que Césarion a survécu à la chute de l’Égypte, complote contre Auguste et connaît la même fin tragique que son père supposé.

Ci-dessous, la mort de Césarion dans Alix Senator, tome 3 : La Conjuration des Rapaces.

M’enfin !

Le 28 février 1957, un nouvel (anti-)héros arrive dans le n°985 du Journal de Spirou : Gaston.

Dessiné par André Franquin, il a été annoncé les semaines précédentes par de mystérieuses traces de pas dans les marges du journal. S’il porte alors le costume et le nœud papillon, il prend le look décontracté qu’on lui connaîtra jusqu’à la fin de la série dès le 15 mars.

Pourtant, il faut attendre le 25 avril pour que Fantasio, l’ami de Spirou qui est aussi le secrétaire de la rédaction fictionnel du journal, explique sa venue : Gaston ne se souvient plus de qui l’a embauché mais il est sûr que c’était pour un emploi de « héros de Bande Dessinée ». Malheureusement, personne ne se rappelle non plus avoir pensé à lui pour l’intégrer dans une des séries du journal.

Gaston est donc le premier « héros sans emploi » de l’histoire de la Bande Dessinée. Par défaut, il finit par intégrer le service courrier de la rédaction du journal. La multitude ses gaffes finira par lui valoir un nom de famille et… ravir les lecteurs: Gaston connaîtra les joies de l’album dès 1960. Franquin n’arrêtera sa série qu’en 1991.

 

Caesar, l’ancêtre de Milou

En faisant de petites recherches sur Jules César sur des pages en anglais – oui, chacune ses vices -, je suis tombée, tenez-vous bien… sur un ancêtre de mon fidèle Milou. Il s’appelait « Caesar » lui aussi et appartenait, non à la famille impériale romaine, mais à celle des rois d’Angleterre.

C’est l’historien des animaux – et des couleurs – Michel Pastoureau qui en parle : Caesar, le fox-terrier à poil dur blanc du roi Édouard VII, l’arrière-grand père de la reine Élizabeth II pour ceux qui regardent The Crown comme moi, aurait peut-être inspiré Hergé.

Mais qui était vraiment Caesar ? Wikipédia  – oui, il a sa page, comme tous les habitants successifs de Buckingham Palace –  nous apprend que Caesar est né en 1898 de Cackler of Notts et qu’il fut offert par lord Dudley au roi en 1902. Son prédécesseur, Jack, venait tout juste de s’étouffer avec de la nourriture. Oui, c’est dur dur d’être chien royal.

Caesar disposait d’ailleurs de son propre valet de pied et pouvait dormir sur un fauteuil près du lit du roi. Celui-ci lui passait tous ses caprices. Il lui pardonna même d’avoir tué les lapins des filles de lord Redesdale.

Après la mort d’Edouard VII en 1910, Caesar fut inconsolable jusqu’à ce que la reine Alexandra lui donne ses friandises favorites. Rasséréné, il participa au cortège funèbre directement derrière le cercueil du souverain au grand dam du nouveau roi George V et du kaiser Guillaume II qui n’avaient pas l’habitude marcher derrière qui que ce soit… Ce fut l’heure de gloire de Caesar.

Caesar survécut encore quatre ans à son maître. Il resta dans la maisonnée royale jusqu’à ce qu’une opération l’emporte en avril 1914. Heureusement, Milou est éternel, lui.