Fdj : Marina Raskova et les sorcières de la nuit

Née le 28 mars 1912 d’une professeure et d’un chanteur d’opéra, Marina Raskova s’orienta vers une carrière de chimiste mais elle ne resta pas longtemps dans l’industrie soviétique. Ayant obtenu son brevet d’aviatrice, elle devint pilote d’essai en 1937 et entra au NKVD, l’ancêtre du KGB deux ans plus tard.

Entre temps, elle était devenue célèbre en survivant à un vol vers Komsomolsk qui s’était terminé en catastrophe : elle avait dû s’éjecter de son avion et, selon la légende, avait survécu dix jours dans la neige en mangeant seulement deux barres au chocolat.

Devenue à cette occasion une intime de Staline, elle forma à sa demande trois escadrons composés uniquement de femmes durant le Deuxième Guerre Mondiale. L’un d’eux, le 588e, servit à Stalingrad et devint fameux sous le surnom donné par les Allemands de « Sorcières de la nuit », à cause de ses attaques nocturnes.

Mais c’est aussi durant la bataille de Stalingrad que Marina Raskova trouva la mort le 4 janvier 1943 à seulement 30 ans : son avion heurta une falaise pendant une tempête de neige. Staline organisa des funérailles nationales à celle qui était devenue “une héroïne de l’Union soviétique” et fit placer ses cendres dans la nécropole du mur du Kremlin.

Marina Raskova en 1938, Photo de Aleksandr Gribovsky

Fdj : Melita Norwood

Née le 25 mars 1912 en Angleterre, Melita Norwood mène la paisible vie d’une secrétaire à l’Association de recherche des métaux-non ferreux de 1932 à sa retraite en 1972. Femme sans histoire, elle se marie, devient veuve et n’attire jamais l’attention sur elle… Enfin jusqu’en 1999.

Melita Norwood © Times Newspapers Ltd

A cette date, paraissent les Archives Mitrokhine, les dossiers jusque-là tenus secrets d’un ancien archiviste du KGB passé à l’Ouest en 1992.
Et là, c’est le choc : Melita, ou plutôt « Hola » de son nom de code a espionné pour le compte du KGB de 1937 à 1972 ! L’URSS lui verse même une petite pension et l’a décorée de l’Ordre du Drapeau Rouge pour ses excellents états de service !

Mais revenons au début. Melita est la fille d’un couple de communistes convaincus. Son père a traduit et imprimé les œuvres de Lénine et Trotski. Melita elle-même adhère aux idéaux du Parti. Aussi, quand un agent soviétique l’approche en 1937, elle n’hésite pas. Elle accepte de photographier et de transmettre au KGB les documents qui passent entre ses mains pendant ses heures de travail. Sa motivation restera toujours idéologique. Elle ne sera jamais pécuniaire.

Mais pourquoi le KGB s’intéresse-t-il autant aux métaux-non ferreux ? Tout simplement parce que la connaissance des propriétés de métaux tels que l’uranium conditionne alors la recherche atomique. Pendant la guerre, l’association de Melita participe même au programme d’armement « Tube Alloys » qui doit doter l’Angleterre de la bombe atomique. Selon les historiens, les renseignements fournis par Melita ont pu faire gagner deux ou trois ans de recherches aux Soviétiques.

Soupçonnée plusieurs fois, elle perd l’accès aux documents les plus importants en 1951 mais elle n’en continue pas moins sa mission jusqu’à sa mise à la retraite.

Vingt ans plus tard, en 1992, Mitrokhine arrive en Angleterre et livre ses dossiers au MI5. Melita devrait alors être inquiétée (pour le moins), mais le jeune agent en charge de son affaire juge inutile de « harceler une vieille dame ». Elle échappe donc à toute poursuite et à toute sanction.

Interrogée sur son passé peu de temps avant sa mort en 2005, elle ne regrettait rien et conservait toujours sa foi dans le communisme, « une bonne idée » définitivement.

 

Fdj : la comtesse de Castiglione

Virginia Oldoïni, contessa di Castiglione est née à Florence le 22 mars 1837. Elle a à peine 18 ans quand son cousin, le comte de Cavour, lui demande de séduire Napoléon III afin de lui faire soutenir l’unification de l’Italie alors en pleine gestation. Mariée et tout juste mère d’un petit garçon, elle accepte sans hésiter.

Elle rencontre l’empereur à un bal en janvier 1856 et lui plait immédiatement. Il faut dire qu’il a 30 ans de plus qu’elle et qu’elle est réputée être « la plus belle femme de son siècle ». Mais le double adultère fait scandale. Le comte de Castiglione, qu’elle a ruiné au passage, doit se séparer de son épouse. Elle reste seule à Paris jusqu’au 5 avril 1857.

Cette nuit-là, Napoléon III manque de se faire assassiner en sortant de chez elle par trois Italiens à la solde des républicains et révolutionnaires de leur pays. Soupçonnée à tort de complicité, Virginia est expulsée de France… où elle revient un mois plus tard.

Son influence a-t-elle été décisive ?

En tout cas, l’année suivante, en juillet 1858, a lieu l’entrevue secrète de Plombière entre l’empereur et le comte de Cavour. Elle aboutit à une alliance, définissant une stratégie pour que l’unité italienne voit le jour. En échange de l’aide de la France, le futur chef du gouvernement italien promet à Napoléon III la Savoie et la ville de Nice. Elles deviendront effectivement françaises deux ans plus tard.

La comtesse connaît ensuite un grand succès dans toutes les cours européennes. Mais elle ne supporte pas de vieillir et de voir sa beauté décliner. Elle s’enferme petit à petit dans son appartement. Elle en fait voiler les miroirs et ne sort plus qu’à la nuit tombée pour que les passants ne puissent pas voir « les ravages du temps » sur son visage.

Elle meurt finalement en 1899, âgée seulement de 62 ans. Elle qui fut une des femmes les plus aimées et les plus admirées de sa génération n’a plus alors pour seuls compagnons que ses chiens empaillés .

La comtesse photographiée par Pierre-Louis Pierson dans les années 1860.

Fdj : Rosa Bonheur

Rosa Bonheur photographiée par Eugène Disdéri en 1865

Le 16 mars 1822, naissait à Bordeaux la future peintre et sculptrice Rosa Bonheur. Spécialisée dans la peinture animalière, elle connut un très grand succès de son vivant. Dès 1856, elle n’eut même plus besoin d’exposer au Salon : toutes ses œuvres étaient vendues d’avance. Les amateurs spéculaient déjà sur elles et certaines partirent jusqu’aux États-Unis.

Le Marché aux chevaux (1853), New York, Metropolitan Museum of Art.

En 1867, Rosa Bonheur, devenue riche, fut même la première femme artiste à recevoir la légion d’honneur. L’impératrice Eugénie la lui donna en personne. Elle voulait montrer que « le génie n’avait pas de sexe ». Cependant, la peintre ne fit jamais l’unanimité. De nombreux critiques lui reprochèrent son indifférence pour les courants artistiques qui modernisèrent la peinture de son époque. Ils en firent le symbole du conservatisme tant pictural que politique.

Labourage nivernais (1849), Paris, Musée d’Orsay.

Pourtant, si Rosa Bonheur fut effectivement très conservatrice sur bien des aspects, elle mena une vie de femme bien en avance sur son temps. Elle refusa obstinément de se marier pour garder son indépendance financière autant que par désintérêt envers les hommes. Mais elle ne vécut pas seule pour autant. Quoique niant toute homosexualité (on est au XIXe siècle), elle s’installa avec deux compagnes successives, peintres comme elle. Ensemble, elles organisèrent la diffusion des leurs œuvres sous forme d’estampes, organisèrent un atelier de production et développèrent tout un « marketing » autour de Rosa et de ses tableaux.

Permission de travestissement accordée par la préfecture de police à Rosa Bonheur en 1857

En 1889, lors de l’Exposition universelle de Paris, elle se lia même à Buffalo Bill et partit à Chicago en 1893 où elle rencontra également le succès.

Portrait de Buffalo Bill (1889), Cody (Wyoming), Whitney Gallery of Western Art Collection.

Elle mourut d’une congestion pulmonaire six ans plus tard, laissant derrière elle plus de 2 100 œuvres. Elles sont aujourd’hui dispersées dans des musées du monde entier mais on peut encore visiter l’atelier de l’artiste dans son château de By, près de Paris.

Fdj : Les sœurs Press et l’intersexualité des athlètes

Le 10 mars 1939, naît à Kharkov la petite Irina Press. Avec sa sœur Tamara, elle va faire couler beaucoup d’encre dans l’Occident de la Guerre Froide.

Le 10 mars 1939, naît à Kharkov la petite Irina Press. Avec sa sœur Tamara, elle va faire couler beaucoup d’encre dans l’Occident de la Guerre Froide.

Le début de leur histoire est malheureusement typique de l’URSS de cette époque. Leur père meurt pendant la Seconde Guerre mondiale et elles doivent fuir les Nazis qui détruisent leur maison. Plus tard, elles deviennent toute deux étudiantes à l’université de Léningrad.

Mais c’est dans le domaine du sport qu’elles révèlent tout leur potentiel : Tamara est médaillée d’or aux Jeux olympiques de 1960 au lancer du poids et de 1964 au lancer du poids et du disque tandis qu’Irina gagne le 80 m haies en 1960 et le pentathlon en 1964. Elles deviennent des héroïnes très populaires dans tout le bloc de l’Est.

À l’Ouest, au contraire, les média se déchaînent contre elles : on les dit hermaphrodites ou bien bourrées d’hormones masculines, on les surnomme les « frères Press » et on en fait le symbole des déviances réelles ou supposées d’un URSS prêt à tout pour obtenir des médailles et la suprématie sportive mondiale.

La polémique devient telle que lors des championnats d’Europe d’Athlétisme de 1966, les officiels introduisent un « test de féminité » qui doit déterminer, et donc empêcher de participer, les athlètes femmes qui seraient en fait intersexuées. On le pratiquera ensuite pendant tous les Jeux Olympiques jusqu’en l’an 2000. Et ce n’est qu’en 2011 que la fédération internationale commencera timidement à accepter les personnes intersexuées en autorisant les femmes atteintes d’hyperandrogénie à participer aux compétitions avec les autres femmes… si elles affichent des niveaux d’androgène inférieurs aux valeurs des hommes. Aujourd’hui ce règlement discriminatoire existe toujours, même s’il a été plusieurs fois suspendu, et le débat autour des athlètes intersexués demeure très vif.

Mais revenons en 1966 : dès que la fédération soviétique d’athlétisme a connaissance du nouveau test de féminité, elle retire les candidatures d’Irina et de Tamara Press. Cela vaut aveu pour la presse occidentale. Aujourd’hui, on ignore toujours ce qu’il en est en réalité et les noms des deux sœurs demeurent au palmarès des Jeux.

Après la fin de leur carrière sportive, elles se reconvertissent facilement. Irina s’engage dans les troupes dédiées aux frontières et Tamara devient ingénieure civile.

Tamara (à gauche) et Irina Press © Getty Images

Petite histoire du 8 mars

Je n’allais pas laisser passer le 8 mars sans évoquer la Journée internationales de lutte pour les Droits des femmes.

Nous la devons à Clara Zetkin et Alexandra Kollontaï, toutes deux politiques communistes et, bien sûr, très engagées pour l’émancipation des femmes. Elles proposent la création de la journée des droits dès 1910 pendant la Première conférence internationale des femmes socialistes et l’inscrivent alors dans une perspective révolutionnaire.

Sept ans plus, le 8 mars, des ouvrières manifestent à St Péterbourg pour réclamer du pain et le retour des soldats de la guerre. C’est le début de la Révolution de février.
Pour commémorer l’action de ces manifestantes, Lénine décrète dès 1921 que le 8 mars sera la journée des femmes.

Après la seconde guerre mondiale, l’idée se répand ailleurs dans le monde. En 1957, New York adopte aussi la journée internationale des femmes.Ce sera le cas de l’ONU en 1977, puis de la France en 1982, un an après l’arrivée du PS au pouvoir.

De révolutionnaire, le 8 mars est devenu plus féministe aujourd’hui.

On peut trouver bien des défauts à cette journée notamment l’usage marketing et publicitaire qui en est fait, pourtant, comme le rappelait il y a deux ans le secrétariat d’Etat chargé de l’égalité entre les femmes et les hommes sur Twitter : « Le 8 mars, ce n’est pas un jour en l’honneur des femmes, un hommage à la beauté des femmes, c’est une journée pour rappeler le chemin qu’il reste à parcourir »

 

 

Caesar, l’ancêtre de Milou

En faisant de petites recherches sur Jules César sur des pages en anglais – oui, chacune ses vices -, je suis tombée, tenez-vous bien… sur un ancêtre de mon fidèle Milou. Il s’appelait « Caesar » lui aussi et appartenait, non à la famille impériale romaine, mais à celle des rois d’Angleterre.

C’est l’historien des animaux – et des couleurs – Michel Pastoureau qui en parle : Caesar, le fox-terrier à poil dur blanc du roi Édouard VII, l’arrière-grand père de la reine Élizabeth II pour ceux qui regardent The Crown comme moi, aurait peut-être inspiré Hergé.

Mais qui était vraiment Caesar ? Wikipédia  – oui, il a sa page, comme tous les habitants successifs de Buckingham Palace –  nous apprend que Caesar est né en 1898 de Cackler of Notts et qu’il fut offert par lord Dudley au roi en 1902. Son prédécesseur, Jack, venait tout juste de s’étouffer avec de la nourriture. Oui, c’est dur dur d’être chien royal.

Caesar disposait d’ailleurs de son propre valet de pied et pouvait dormir sur un fauteuil près du lit du roi. Celui-ci lui passait tous ses caprices. Il lui pardonna même d’avoir tué les lapins des filles de lord Redesdale.

Après la mort d’Edouard VII en 1910, Caesar fut inconsolable jusqu’à ce que la reine Alexandra lui donne ses friandises favorites. Rasséréné, il participa au cortège funèbre directement derrière le cercueil du souverain au grand dam du nouveau roi George V et du kaiser Guillaume II qui n’avaient pas l’habitude marcher derrière qui que ce soit… Ce fut l’heure de gloire de Caesar.

Caesar survécut encore quatre ans à son maître. Il resta dans la maisonnée royale jusqu’à ce qu’une opération l’emporte en avril 1914. Heureusement, Milou est éternel, lui.

Irena Sendler, Juste parmi les nations

Née le 15 février 1910 à Varsovie, Irena Krzyżanowska, est la fille unique d’un médecin catholique tourné vers l’action sociale. Hélas, il meurt lors d’une épidémie de typhus alors que sa fille va sur ses 7 ans. Celle-ci est élevée près de l’importante communauté juive d’Otwock, une banlieue-station thermale, et apprend le yiddish.

Elle poursuit une bonne scolarité et commence des études de droit puis de philologie à la faculté de Varsovie. Elle s’y oppose au système des « bancs ghetto » qui oblige les étudiants juifs à ne s’asseoir que sur les bancs qui leur sont réservés. Devenue la cible du Camp national-radical, un mouvement d’extrême droite inspiré par le fascisme italien, c’est finalement elle qui se retrouve suspendue de l’université pour 3 ans.

Pendant l’occupation allemande, Irena qui s’est mariée entre temps avec Mieczyław Sendler, travaille au service d’aide sociale de la mairie de Varsovie. En novembre 1940, alors que les Allemands enferment la population juive dans le ghetto, elle obtient, avec une dizaine d’amis, le droit d’entrer et de sortir librement du quartier. Immédiatement, elle commence à en faire sortir clandestinement des enfants par un trou dans le mur, cachés dans une ambulance, sous des ordures, dans des paquets… Malgré les déportations de masse qui commencent en 1942, Irena continue d’opérer jusqu’à son arrestation par la Gestapo en 1943, quelques mois après l’insurrection et la liquidation du ghetto par les nazis. Avec son réseau, elle a finalement sauvé près de 2 500 enfants placés dans des familles chrétiennes complices.

En octobre 1943, Irena est à son tour emprisonnée et torturée. Ses pieds et ses jambes sont brisés. Elle en gardera des séquelles toute sa vie, mais elle ne trahit pas son réseau. Condamnée à mort, un gardien de prison soudoyé par des complices résistants l’aide finalement à s’échapper le jour de son exécution. Elle reste ensuite cachée sous un faux nom à Varsovie où elle travaille comme infirmière.

En 1945, l’Armée Rouge entre dans la ville dévastée mais ce n’est pas la fin des ennuis d’Irena. En 1948-49, elle est emprisonnée par la police secrète communiste pour ses liens anciens avec l’Armia Krajowa, un réseau de résistants polonais proche du gouvernement en exil qui s’oppose à Staline et refuse de reconnaître le régime que celui-ci a installé en Pologne. Brutalisée à nouveau, Irena accouche d’un enfant prématuré qui ne survit pas.

En 1965, alors qu’Israël la reconnaît comme Juste parmi les nations, les autorités polonaises l’empêchent d’aller recevoir son prix. Elle ne le fera qu’en 1983. La reconnaissance internationale vient progressivement ensuite. En 2007, un an avant sa mort, elle figure même parmi les nommés au Prix Nobel de la Paix.

Irena Sendler en mai 2007 ©L’Obs

Griselda Blanco, la Reine de la coca

La série « Narcos » et Pablo Escobar vous ont tenus en haleine ? Alors vous allez adorer la mentor du fameux trafiquant de drogue, j’ai nommé Griselda Blanco, « La Reine de la coca », la « Madrina », la « Veuve noire »… La pionnière toutes catégories du trafic de cocaïne et du crime organisé à grande échelle.

Née le 15 février 1943 en Colombie, elle s’installe avec sa mère à Medellin dès 1946. Un de ses anciens petits amis racontera plus tard, qu’elle a commencé sa carrière à 11 ans en enlevant et tuant l’enfant de voisins. Mais le cœur de son activité est alors le pickpocket, puis, quand elle atteint 14 ans, la prostitution.

Pendant les années 70-80, elle se marie 3 fois et a 4 fils de ses compagnons. Avec le deuxième, Alberto Bravo, elle émigre à New York où ils développent le trafic de cocaïne. Griselda a découvert sa vocation. Mais, en 1975, elle se fait inculper avec 30 de ses hommes : c’est alors la plus grosse affaire de trafic de cocaïne de l’Histoire américaine. La police ne parvient pourtant pas à l’arrêter à temps : elle repart pour la Colombie, avant de revenir habiter à Miami quelques années plus tard.

Pour installer son commerce, elle a recours aux meurtres de masse et déclenche les « Cocaïne Cowboy Wars » qui vont ensanglanter la Floride pendant les années qui suivent. Cela marche : Griselda va progressivement éliminer les réseaux qui préexistaient à son arrivée. Elle parvient même à élargir sa clientèle à l’ensemble des États-Unis. À cette époque, elle fait venir une tonne et demi de drogue par mois pour un bénéfice d’environ 80 millions de dollars. Mais la médaille a son revers : elle manque de se faire assassiner plusieurs fois à son tour.

Elle va donc s’installer dans un endroit plus tranquille où on ne la connaît pas encore : la Californie. Finalement, ce ne sont pas d’autres trafiquants qui l’arrêtent mais la DEA, la Drug Enforcement Administration. Sa fortune personnelle est alors estimée à 2 000 000 000 $. Pourtant, elle échoue à prendre la fuite cette fois. Elle est condamnée à 60 ans de prison pour trafic de drogue et meurtres. On lui en attribue plus de 200, dont ceux des pères de ses fils. Pour l’anecdote, l’un d’eux, Darío Sepúlveda, l’avait quittée en 1983 en enlevant leur petit Michael Corleone (!). Elle le fit tuer avec ses frères et récupéra son fils. Il est d’ailleurs arrêté à son tour pour trafic de cocaïne en 2012.

Enfermée, en prison de 1985 à son expulsion des États-Unis en 2004, Griselda Blanco continue à gérer ses affaires depuis sa cellule. Elle tente même, mais en vain, de faire enlever le fils de John et Jackie Kennedy. Elle retourne ensuite en Colombie mais rien n’est plus pareil. Ses trois premiers fils que les Américains avaient expulsés dans les années 90, ont été assassinés dès qu’ils ont posé le pied dans le pays.

Griselda elle-même est tuée de deux balles dans la tête à Medellin par des tueurs à moto en septembre 2012. Elle aura quand même survécu presque vingt ans à Pablo Escobar.

Juanita Cruz

Il y a longtemps que je ne vous avais pas présenté une personnalité féminine sujette à caution… Alors voici Junita Cruz.

Née le 12 février 1917 à Madrid, elle est la première torera à participer à des corridas au même titre que ses collègues masculins.

D’opinion républicaine, elle doit s’exiler en Amérique du Sud en 1936, au début de la guerre civile espagnole. Elle reçoit donc l’alternative, la cérémonie durant laquelle le novillero (jeune matador) acquiert le grade de matador de toros, pendant une corrida au Mexique en 1940. Mais sa carrière s’arrête dès 1944 : le 12 novembre, elle est gravement blessée par un taureau à Bogota.

Au cours de ces quelques années, elle torée tout de même dans plus de 700 corridas.