Pluie de sang et papillons

Dans les premiers jours de juillet 1608, une pluie de sang (oui, une vraie !) se mit à tomber sur les faubourgs d’Aix-en-Provence, déclenchant une vague de terreur dans toute la ville. On crut à la colère divine voire à la fin du monde.

Heureusement, une des rares personnes à garder son sang-froid fut Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, un conseiller du Parlement qui était aussi un homme de lettres et un érudit. Il devait plus tard devenir l’avocat de son ami Galilée.

© Thomas Bresson

En 1608, il ne paniqua donc pas. Il recueillit quelques gouttes du sang tombé du ciel sur le mur du cimetière de la cathédrale. Il l’observa et finit par faire le rapprochement entre ce sang et le nombre particulièrement élevé de chrysalides de papillons qu’il avait observées dans les faubourgs d’Aix dans les jours précédents.Le sang était en réalité du méconium, un excrément liquide et rougeâtre, que produisent les papillons tels que le Vulcain quand ils sortent de leur chrysalide. Ce début juillet 1608, ils avaient été exceptionnellement nombreux à le faire en même temps, provoquant une véritable pluie rouge sur certaines rues.

Mais, malgré les explications de Peiresc, nombreux furent ceux qui continuèrent de croire à un prodige ou une malédiction divine et la peur demeura encore quelques temps sur la ville.

Publié le Catégories Actualités générales, Histoire, Histoire moderne
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Vanité aux portraits

Voici Vanité aux portraits, par David Bailly, 1651, conservée au Stedelijk Museum de Leyde aux Pays-Bas.

Au XVIIe siècle,les bulles de savon sont souvent utilisées dans les tableaux pour exprimer la brièveté de la vie. On les retrouve ici avec d’autres symboles habituels de mortalité : crâne, fleurs fanées, sablier…

Ils sont là pour nous montrer la « vanité », le caractère vain et trop vite passé, de la plupart des choses de la vie : plaisirs simples (vin, pipe) mais aussi science (livres) et arts (musique, sculptures, peinture…).

Le passage du temps est aussi indiqué sur cette toile d’une manière plus inhabituelle : le peintre, âgé de 67 ans au moment où il la réalise, s’y est représenté deux fois. Il est l’homme âgé du petit tableau central mais aussi le jeune homme qui le tient en main.

Thésée et le Minotaure à la Renaissance

Voici un extrait d’une peinture Renaissance représentant le mythe de Thésée et du Minotaure. Elle a été réalisée en Italie au XVIe siècle par un anonyme de l’École du Maître des cassoni Campana et conservée au Louvre.

Dans le labyrinthe, le prince athénien, attendu par Ariane et sa sœur Phèdre, tue le Minotaure vu comme une variation du centaure, un homme au bas du corps de taureau, plutôt que sous sa forme habituelle pour nous d’homme à tête de taureau.

Si on regarde ensuite la peinture complète, on s’aperçoit qu’elle enchaîne, sans les séparer, les différentes étapes du mythe un peu dans le désordre.

– Au premier plan à gauche, on voit, Ariane, accompagnée de sa sœur Phèdre, donner son fameux fil à Thésée. Derrière eux, toujours à gauche, on les voit déjà discuter tous les trois devant une sorte de palais.

– Entre ces deux scènes, on a le bateau dans lequel Thésée est venu en Crète avec d’autres jeunes Athéniens et Athéniennes pour être sacrifié au Minotaure.

– Plus à droite, Thésée se dirige vers le labyrinthe.

– Derrière celui-ci, on voit le même genre de créature combattre des guerriers et finir par être capturée par eux : peut-être est-ce le père du Minotaure, le fameux « taureau » envoyé par Poséidon, le dieu de la Mer, dont Pasiphaé, la reine de Crète, tombe amoureuse. Il aurait alors déjà un buste d’homme comme son futur fils.

– Enfin, au centre de l’arrière-plan, on voit des bateaux aux voiles noires s’éloigner sur la mer : c’est le bateau de Thésée qui retourne à Athènes, victorieux mais ayant oublié de mettre des voiles blanches pour prévenir son père, Égée, de l’issue heureuse de son aventure.

Quand Molière jouait César

Il y a 400 ans, Molière naissait à Paris. Aujourd’hui son nom est synonyme d’auteur de comédie. Mais avant d’être écrivain, Jean-Baptiste Poquelin fut comédien et avant de s’illustrer dans la farce, il joua des tragédies.

Pierre Mignard, 1658, Musée de la vie romantique, Paris.

Vous le voyez ci-dessus dans le costume de César qu’il porta pour jouer La Mort de Pompée de Corneille.

La même pièce inspira le second tableau que je vous montre : Molière en César servit de modèle à Mars et sa compagne, Madeleine Béjart qui interprétait Cléopâtre devint la belle Vénus.

Pierre Mignard, 1658, musée des Beaux-Arts d’Aix-en-Provence

 

La Chimère d’Arezzo

Curieusement, je ne vous ai encore jamais parlé de cet impressionnant bronze étrusque de près d’1,30 mètres de long. C’est bien dommage 🙂

Voici donc la Chimère de bronze découverte à Arezzo (Toscane) en 1553.

La Chimère est un monstre de la mythologie grecque, un ancêtre du dragon. Elle a le corps d’un lion, une queue en forme de serpent et une tête de chèvre qui émerge de son dos. Son nom est d’ailleurs dérivé de « Khimaira », petite chèvre en grec. Elle crache du feu et a l’habitude de tout détruire autour d’elle jusqu’à ce que le héros Bellérophon, monté sur Pégase, la tue d’un coup de lance.

La statue la représente d’ailleurs en position de repli, avec la tête de chèvre pendante et des blessures sur le cou : son combat est presque fini. Ça a fait penser qu’elle devait être originellement accompagnée d’une autre statue représentant Bellérophon, mais celle-ci a été perdue. La queue en forme de serpent de la Chimère avait disparu aussi lors de la découverte du bronze : celle que l’on voit est un ajout de la fin du XVIIIe siècle.

© Archives Alinari, Florence, Dist. RMN – Grand Palais / Georges Tatge

La statue elle-même date probablement du Ve siècle avant notre ère. C’est un ex-voto dédié à Tinia, le plus grand dieu des Étrusques, le peuple qui habitait la Toscane à cette époque. Il était alors fortement influencé par l’art grec qui arrivait via l’Italie du sud où plusieurs colonies helléniques était installées.

Trouvée lors de la réfection des murailles d’Arezzo, la Chimère entra immédiatement dans les collections de Cosme Ier de Médicis alors duc de Florence. Celui-ci, très ambitieux, cherchait à étendre son pouvoir sur l’Italie du nord et à faire pièce à Rome. La découverte de la Chimère lui permit de valoriser son héritage étrusque – un peuple présent en Toscane avant les Romains – tout en mettant en avant ses qualités de grand mécène. Il installa la statue dans son palais d’où elle fut transportée à la galerie des Offices puis au Musée archéologique de Florence où elle se trouve toujours.

L’échelle inamovible du Saint-Sépulcre de Jérusalem

Le 13 septembre 335 eut lieu la consécration de l’église du Saint-Sépulcre de Jérusalem. Elle se trouve encore de nos jours dans le quartier chrétien de la vieille ville à l’endroit où la tradition veut que le Christ ait été crucifié puis enseveli jusqu’à sa résurrection.

Le Saint-Sépulcre © Berthold Werner

L’église a, bien sûr, été beaucoup modifiée depuis le IVe siècle. Mais je vais vous parler aujourd’hui d’un artefact qui date sans doute du XVIIIe : l’échelle inamovible. Vous pouvez la voir sous une des fenêtres de la façade du bâtiment. Elle figure déjà au même endroit sur une gravure de 1728.

En théorie, rien n’empêche qu’on la déplace. Elle n’a aucun pouvoir magique, elle n’est pas sainte ou sacrée. Mais elle n’a bougé que trois fois brièvement depuis son installation avant d’être très vite remise en place.

L’échelle inamovible © Wilson44691

Pourquoi ? L’église du Saint-Sépulcre est officiellement gardée par six ordres chrétiens différents et on ne sait plus exactement qui a la charge de la corniche et de la fenêtre sur lesquelles l’échelle est posée. De plus, selon le Statut Quo de 1757 qui régit le lieu saint, aucun membre d’un des ordres ne peut déplacer ou modifier quelque chose sans le consentement des cinq autres.

Comme de tels actes ont parfois conduit à de violentes rixes dans le passé, nul ne veut plus se lancer et retirer l’échelle. En 1964, le pape Paul VI a d’ailleurs pris soin de préciser que l’échelle devrait rester en place jusqu’à que les églises catholiques et orthodoxe soient unies à nouveau.

L’échelle incongrue n’est donc pas prête de quitter la façade de son église.

Saint Barthélémy

Saint Barthélémy par Michel-Ange, extrait de la fresque du Jugement dernier dans la Chapelle Sixtine (Rome), réalisée entre 1537 et 1541.

L’apôtre, fêté par les Catholiques le 24 août, tient dans une main un couteau et dans l’autre… sa propre peau.

Ces attributs font référence à son martyr. En effet, selon la tradition chrétienne le malheureux aurait connu la même terrible fin que le satyre Marsyas dont je vous ai raconté l’histoire pendant la fête de la musique. Barthélémy aurait été écorché vif dans une ville d’Arménie qu’il s’efforçait d’évangéliser.

Humour noir involontaire (ou pas), l’Église a ensuite fait de lui le patron des bouchers, des tanneurs et des relieurs.

L’Infant Philippe Prosper

L’Infant Philippe Prosper par Diego Vélasquez (6 juin 1599 – 6 août 1660)

Ou le portrait mélancolique du prince Felipe Próspero José Francisco Domingo Ignacio Antonio Buenaventura Diego Miguel Luis Alfonso Isidro Ramón Víctor de Austria (oui, tout ça), le prince des Asturies, c’est-à-dire le premier fils du roi d’Espagne Philippe IV et de la reine Marianne d’Autriche.

Le garçonnet n’a que deux ans sur cette peinture de 1659. Vélasquez aurait pu le peindre majestueux comme il est convenu de représenter les princes de cette époque quel que soit leur âge. Il aurait pu aussi l’idéaliser, le rendre mignon comme on voudrait que soient tous les bambins. Mais il a écarté ces solutions convenues : le petit prince est bien pâle et on a déjà l’impression que toute la souffrance du monde s’est abattue sur ses épaules. De fait, il est de santé fragile et mourra deux ans plus tard, sans doute d’une crise d’épilepsie.

Coatlicue

Pour changer des héros grecs et autres saintes médiévales que je vous montre le plus souvent, voici Coatlicue, la déesse de la Terre et de la fertilité aztèque ou plutôt un monolithe de 2,5 mètres (!) qui la représente.

© Luidger

Il est totalement symétrique : la tête de Coatlicue est faite de deux serpents affrontés. D’autres serpents lui font une jupe grouillante de vie. Elle porte au-dessus un collier de mains, de cœurs et de crânes humains. Vous l’avez compris: c’est autant une divinité de la mort que de la vie.

Découvert en 1790 sous la Plaza Mayor de Mexico, le monolithe fut exposé à l’université de la Nouvelle-Espagne. Mais les frères dominicains qui administraient l’endroit se rendirent vite compte que les descendants locaux des Aztèques lui portaient des colliers de fleurs et continuaient de l’adorer malgré leur conversion au catholicisme. Les religieux enterrèrent donc à nouveau la grande sculpture. À part une brève exhumation en 1803, elle dut attendre 1821 et l’indépendance du Mexique pour revoir la lumière du jour.
Elle est aujourd’hui exposée au musée national d’anthropologie de Mexico.