La Guerre des mondes

Le 30 octobre 1938, Orson Wells racontait « La Guerre des mondes » sur le réseau radiophonique CBS et faisait souffler un vent de panique sur l’Amérique… enfin presque.

Wells n’en était pas à son premier forfait. Il avait déjà adapté sur les ondes « L’Île au trésor », « Jane Eyre », « Jules César », « Le Tour du monde en quatre-vingts jours » à la satisfaction de tous. Mais c’est la première fois qu’il se lançait dans un sujet de science-fiction.

Accaparé par le « Danton » qu’il répétait au théâtre, Wells laissa les scénaristes-adaptateurs de la « Guerre des mondes » travailler quasi-seuls. Le projet les intéressait peu et les premiers enregistrements furent très moyens. Wells décida alors de basculer l’histoire dans le présent et de rompre avec l’unité de lieu du roman.

Le 30 octobre, se faisant passer pour un présentateur de CBS qui interrompait le programme, Wells entama la dramatique radio et… terrorisa toute la côte ouest des États-Unis.

Enfin, pas tant que ça en réalité. Peu d’auditeurs écoutaient CBS ce soir-là. Il y avait des émissions très populaires à la même heure sur d’autres stations de radio. Et surtout, très peu d’auditeurs prirent l’émission au sérieux. Les prétendues scènes de paniques relatées par quelques journaux le lendemain furent sans doute inventées tout comme les soi-disant émeutes ou vagues de crises cardiaques. On est à un moment où le succès grandissant de la radio effrayait la presse et où tout semblait bon pour mettre en garde le public contre ce nouveau média envahissant.

Peu de gens prirent d’ailleurs ces nouvelles au sérieux à l’époque. Il fallut que, deux ans plus tard, un sociologue s’en empare et les « adapte » un peu pour étayer une théorie sur la psychologie des masses pour que tous se mettent à adhérer à la peur des Martiens. La légende était née. Elle ne fera que s’amplifier par la suite. Et Wells ne fera rien pour l’arrêter au contraire et elle fera beaucoup pour sa célébrité.

Ci-dessous, la une du New York times et une photo du jeune Orson Wells (© Costa/Leemage).

 

Publié le Catégories Éphéméride, Littérature, Non classé
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Ursula K. Le Guin

Ursula Kroeber, future épouse de Charles Le Guin, est née le 21 octobre 1929 en Californie dans une famille d’anthropologues. Dès 11 ans, elle envoie une nouvelle au magazine Astounding Science Fiction (qui la refuse) et il lui faut attendre les années 60 pour commencer à publier régulièrement des histoires fantastiques.

Elle devient célèbre en 1969 avec « La Main gauche de la nuit » qui reçoit le prix Hugo. Dans ce roman, le Terrien Genly Ai rejoint la planète Nivôse pour convaincre ses dirigeants d’entrer dans une vaste organisation interplanétaire. Mais les habitants de ce monde sont très différents de ceux de la Terre : ils sont asexués sauf pendant une brève période mensuelle. Il leur pousse alors aléatoirement des organes sexuels féminins ou masculins. Tous sont parfois des « ils » et parfois des « elles ». Cette société ne connaît donc pas de genres différenciés. Cela trouble énormément le héros qui paraît également bien étrange aux yeux de ses hôtes : sexué et « homme » tout le temps, c’est un phénomène de foire pour eux.

Par la suite, Ursula Le Guin continue bien sûr à publier. Elle est notamment l’autrice de grands cycles de fantasy comme celui de Terremer ou celui de l’Ekumen (dont fait partie la Main gauche) mais aussi d’essais, de recueils de poésie, de littérature jeunesse…

Peu intéressée par les questions technologiques, elle s’interroge énormément sur la condition humaine, souvent par le biais de la sociologie ou d’anthropologie. Influencée par Charles Dickens, Virginia Woolf, Philip K. Dick ou encore… Charles Darwin, elle évite cependant la création de dystopies et leur préfère des utopies réalistes.
Pour citer Gérard Klein : « c’est en réintroduisant l’utopie dans la science-fiction, qui avait surtout cultivé l’anti-utopie, qu’elle affirme son ambition : faire ou plutôt refaire de la science-fiction une littérature expérimentale sur le terrain social et renouer par là avec la tradition de H.G. Wells. »

Ursula Le Guin écrit jusqu’à un âge avancé. En 2008, sort « Lavinia », son dernier roman dont l’héroïne est l’épouse… d’Énée, le prince Troyen venu en Italie dont je vous parle régulièrement, un roman que je n’ai pas encore lu (mais ça ne saurait tarder).

La romancière meurt finalement le 22 janvier dernier après avoir reçu cinq prix Hugo, six Nebula dix-neuf prix Locus et le National Book Award pour l’ensemble de sa carrière.

Anne Rice

J’aurais pu vous parler de Charlton « Ben Hur » Heston aujourd’hui, ou bien de Janis « Club des 27 » Joplin, mais, pour changer de mes obsessions habituelles, j’ai choisi une romancière dévorée pendant la phase gothique de mon adolescence et à laquelle je repense toujours avec beaucoup de plaisir.

Anne Rice, La célèbre autrice des « Chroniques de Vampires », est née le 4 octobre 1941 à la Nouvelle Orléans, ville qu’elle dépeint avec intensité et profondeur dans la plupart de ses œuvres.

Son véritable nom est… Howard Allen O’Brien, comme son père. Elle aime expliquer que sa mère choisit de lui donner ce prénom d’homme pour qu’elle ait un avantage peu commun dans la vie… Cependant, lors de son premier jour d’école, « Howard » dit à sa maîtresse s’appeler « Anne », prénom qu’elle préférait. Tout le monde l’appelle ainsi depuis.

Si J. K. Rowling raconte avoir commencé « Harry Potter » alors qu’elle avait été laissée seule (et sans le sou) avec son enfant par son compagnon, Anne Rice écrivit « Entretien avec un vampire », la première de ses Chroniques, dans des circonstances encore plus dramatiques : elle ne parvenait pas à faire le deuil de sa fille, morte à 6 ans d’une leucémie en 1972.

Récit aussi romantique que fantastique, « Entretien avec un vampire » revisite le mythe de ces morts-vivants en mêlant étroitement la violence et la sensualité, l’amour et la mort. Mais il aborde aussi des thèmes moins convenus, surtout en 1976 quand il paraît pour la première fois : homosexualité, crise de la modernité, société du spectacle et bien sûr amour paternel/maternel et perte douloureuse de l’enfant aimé…

Depuis, Anne Rice a vendu plus de 100 millions d’exemplaires de ses romans et a été plusieurs fois adaptée au cinéma. Aux dernières nouvelles, « Lestat le vampire »  serait même sur le point de devenir une série.

Anne Rice et son dernier roman © Philip Faraone/getty Images

 

Mary Shelley

Le 30 août 1797, naît à Londres Mary Wollstonecraft Godwin, la future épouse du poète Percy Bysshe Shelley et surtout l’immortelle autrice de Frankenstein.

Durant l’été 1816, Mary Godwin et Percy Shelley, qui ne sont encore qu’amants, séjournent près du lac Léman avec Claire Clairmont, la fille de la seconde épouse du père de Mary, et lord Byron, dont celle-ci est enceinte. Ils ne sont pas mariés non plus mais tous appartiennent au courant radical promoteur de l’amour libre.

Durant les journées de pluie, ils discutent des expériences du philosophe naturaliste Erasmus Darwin, qui était censé avoir ranimé de la matière morte. Ils s’intéressent aussi au galvanisme (le fait qu’un muscle se contracte quand il est stimulé par un courant électrique) et à la possibilité de faire revivre un mort en lui injectant de l’électricité dans le cerveau. De telles idées vont à l’encontre de la réligiosité de l’époque mais, de même qu’ils ne croient pas au mariage, Mary et ses amis sont des athées convaincus qui croient aux possibilités quasi infinies de la science.

Tous écrivent des contes gothiques et des histoires de fantômes. Mary commence la nouvelle qui deviendra son fameux roman : Frankenstein ou le Prométhée moderne.De retour en Angleterre en septembre, elle continue à écrire. Les mois qui suivent sont parsemés de drames : une des demi-sœurs de Mary se suicide ainsi que l’épouse de Percy. Celui-ci se voit refuser la garde de ses enfants malgré un remariage immédiat avec Mary.
Elle tombe enceinte de son troisième enfant en 1817, mais elle le perdra très jeune, comme les deux premiers, perte dont elle ne se remettra jamais vraiment. C’est donc enceinte, qu’elle termine son roman au début de l’été.

Il est publié anonymement en janvier 1818. L’accueil est très positif globalement, même si le roman gothique et le fantastique sont des genres dévalorisés à l’époque. D’ailleurs, de nombreux critiques pensent que Percy, qui en a fait la préface, en est l’auteur. D’autres, qui connaissent l’identité réelle de « l’auteur » lui reprochent ouvertement d’être une femme qui a renoncé à la « douceur inhérente à son sexe » (the British critic).

Aujourd’hui, on a rendu justice à Mary et « Frankenstein » est considéré comme un pilier de la littérature gothique et du romantisme en général.

H. P. Lovecraft

Né le 20 août 1890 à Providence aux États-Unis, Howard Philips Lovecraft est un des auteurs de fantastique et d’horreur les plus connus du XXè siècle (et un de ceux que j’ai le plus lus quand j’étais ado). Il a influencé de nombreux écrivains et artistes d’Alan Moore à H. R. Giger en passant par Junji Ito et Michel Houellebecq.

La vie de Lovecraft pourrait être celle d’un de ses nombreux héros. Son père devient fou alors qu’il n’est âgé que de trois ans et il doit aller vivre chez son grand-père avec sa mère. C’est un enfant fragile, souvent malade et déjà atteint des terreurs nocturnes qui l’inspireront plus tard. Cela ne l’empêche pas de lire énormément, beaucoup de littérature et d’écrits scientifiques. Après la mort de son grand-père en 1904, la famille tombe dans les difficultés financières et Lovecraft dans la dépression, même s’il commence à écrire.

Devenu adulte, il vit quasiment en ermite jusqu’à ce qu’il entre en contact avec l’UAPA (United Amateur Press Association) dont il devient le président en 1917. La même année, rasséréné par cette expérience, il écrit Dagon qui est sa première histoire publiée en 1919 dans The Vagrant et plus tard dans Weird Tales. Malheureusement, cette même année 1919, la mère de Lovecraft qui souffre d’hystérie et de dépression entre à l’asile où est déjà mort son père. Elle y décède deux ans plus tard.
Lovecraft le vit évidemment très mal.

En 1924, il épouse Sonia Greene, propriétaire d’origine juive et ukrainienne, d’une chapellerie à New York. Mais leur union est un échec. Sonia perd son commerce et part à Cleveland trouver un nouveau travail. La procédure du divorce ne sera jamais achevée. Resté seul à New York. Lovecraft se met à détester cette ville cosmopolite où il peine à garder un emploi. Selon Michel Houllebecq, c’est alors que son racisme se transforme en la terreur qu’il exprime dans plusieurs de ses nouvelles. Cet aspect très controversé de sa personnalité se retrouve surtout dans son abondante correspondance privée, mais aussi dans certaines thématiques littéraires récurrentes chez lui, comme celle du groupe humain qui sombre dans la décadence physique et morale et retourne à la sauvagerie la plus primitive.

Retourné à Providence en 1926, Lovecraft connaît alors ses années de production les plus intenses. Il est sorti de ses périodes « Edgar A. Poe » (nouvelles macabres) et « Lord Dusany » (nouvelles liées au monde des rêves et à ses panthéons) et publie les nouvelles qui constitueront le « mythe de Cthulhu ». Mais il demeure globalement inconnu du public, même s’il est publié dans les pulp magazines. Il ne parvient d’ailleurs jamais à gagner sa vie grâce à ses écrits et peine même à survivre. En 1936, alors qu’il est déjà affecté par la mort de Robert E. Howard avec qui il entretenait une grande correspondance, on lui découvre un douloureux cancer de l’intestin. Il l’emporte le 15 mars suivant.

Photo d’H. P. Lovecraft, prise en juin 1934 par Lucius B. Truesdell.

Richard Blade et saint Erasme

(âmes sensibles s’abstenir)

Ou la rencontre inattendue de la littérature populaire et de la culture classique.

La nuit dernière, je me suis livrée au plaisir (un peu) coupable de lire Les adorateurs de Dshubba, une aventure de Richard Blade, voyageur de l’infini.

Dans un des premiers chapitres, un « brigand du désert » subit une des séances de torture les plus explicites que j’ai lues depuis un moment. Il faut ce qu’il faut. Passé le « Ah mais c’est dégoutant ! » de rigueur pour se donner bonne conscience dans ces cas-là et pouvoir continuer sa lecture, je me suis rendue compte que le supplice de ce pauvre pillard était directement inspiré de celui qui coûta la vie… à saint Érasme.

Selon l’hagiographie, saint Érasme de Formia était l’évêque de cette ville de Campanie (Italie) au 3è siècle. Il fut persécuté par les empereurs romains Dioclétien et Maximien Hercule. Tour à tour, il fut jeté dans une fosse avec des serpents, couvert d’huile bouillante et de de souffre, plongé dans un bain bouillant, enfermé dans une armure de métal brûlant puis dans un tonneau avec des pointes saillantes qui fut roulé à bas d’une montagne. Et ce n’est pas fini : ses dents furent arrachées, ses doigts cloués; il fut encore enduit de poix et enflammé… Je vous passe le reste : ça devient répétitif. Mais il survécut à tout et, bien sûr, ne cessa pas de vouloir convertir les habitants de l’empire au christianisme.

C’est alors que, pour s’en débarrasser définitivement, un Romain eut une idée très dégout… originale. C’est elle qui est reprise dans Blade. On ouvrit largement le ventre du saint et ses intestins furent enroulés autour d’un cabestan de navire.
Plus tard, saint Erasme devint le patron des marins mais on le pria aussi pour éviter les maladies intestinales et assister les femmes souffrant pendant leur accouchement.
En 1628, le peintre Nicolas Poussin illustra même cette scène pour la basilique Saint Pierre de Rome pour orner un autel consacré au saint. Vous pouvez admirer son tableau ci-dessous.

Lord Dunsany

Vous ne connaissez sans doute pas cet écrivain irlandais né le 24 juillet 1878. Pourtant, Edward John Moreton Drax Plunkett 18è baron de Dunsany, est l’un des fondateurs majeurs de la fantasy moderne et surtout un des écrivains qui a le plus influencé Howard P. Lovecraft, avec Edgar A. Poe.

L’œuvre la plus connue de Dunsany, La Fille du roi des elfes, écrite en 1924 tient à la foi du conte merveilleux et de la fantasy épique. Mais une autre de ses compositions, Les Dieux de Pegāna de 1905, inspira au maître de Providence son Cycle onirique et ses Contrées du rêve.

Bref, Dunsany est un incontournable si vous aimez la « sword and sorcery » ou le fantastique teinté de mythologie.

1984 et l’instrumentalisation de l’Histoire

Le 10 juin 1949 est paru 1984, la fameuse dystopie de George Orwell. Trente ans après une guerre nucléaire ayant opposé l’Est et l’Ouest, la Grande Bretagne est sous la coupe d’un régime dictatorial fortement inspiré du stalinisme. Orwell voulait alors mettre en garde la gauche britannique, dont il faisait lui-même partie, contre toute bienveillance envers Staline au fait du pouvoir en URSS.
Si le roman est surtout connu pour sa description d’une société de surveillance avec les célèbres affiches « Big Brother is watching you ! » et les télévisions-caméras présentes dans tous les foyers, 1984 offre aussi une vision terrifiante de la manière dont l’Histoire par être « révisée » par le totalitarisme pour servir sa propagande.

Le héros, Winston Smith, travaille au ministère de la Vérité. Il modifie les archives pour que leur contenu corresponde à la version officielle du Parti. Ainsi quand l’Océania, le bloc issus de la guerre nucléaire auquel appartient l’Angleterre, déclare la guerre à l’Estasia – la Chine et le Japon en gros -, Winston et ses collègues sont chargés d’effacer toute trace de leur ancienne alliance.
De même, le Parti fait aussi disparaître ceux qui le gênent et charge ses archivistes de modifier leur passé pour en faire des traîtres.

La doctrine du Parti qui sous-tend ces actions est celle de la « mutabilité du passé ». Ce dernier n’est pas une réalité intangible mais un simple souvenir dans les mémoires. Il suffit donc au Parti d’imposer sa vérité aux gens et de leur faire oublier la réalité qu’ils connaissaient ainsi que le fait même qu’ils l’ont oubliée pour que le passé en tant que tel soit changé.
Et si jamais quelqu’un résiste et persiste à savoir ce qui est réellement arrivé, c’est lui que tous prennent pour un menteur voire un fou.
C’est ce qui arrive à Winston, incapable de croire aux vérités qu’il est censé propager après avoir effacé lui-même les événements réels déplaisants pour les dirigeants de l’Océania. Et c’est cela qui cause sa perte.

Bien sûr, on n’en est pas encore là… Mais cela donne à réfléchir à une époque où les fake news sont souvent prises pour des vérités et où le relativisme touche même les faits les plus scientifiques.