Alix Senator est paru !

Il est tout beau, tout nouveau, tout chaud et il est enfin disponible dans la librairie près de chez vous : le tome 9 d’Alix Senator : Les Spectres de Rome.

Fêter son anniversaire dans la Rome antique

Vous vous en doutez, la tradition de fêter l’anniversaire de nos proches est très ancienne. Comme les Égyptiens et les Grecs, les Romains avaient coutume de célébrer le jour de leur naissance ou plutôt de fêter ce jour-là leur génie protecteur personnel : leur « Genius » pour les hommes et leur « Juno » pour les femmes.

Bien sûr, c’est d’abord le « Génie » des grands personnages de l’État qu’on a célébré. Mais, très vite, la fête s’est étendue à tous les pater familias – pères de famille – de l’aristocratie romaine, puis à leurs épouses et aux autres couches de la population.
Le jour de naissance était considéré comme un jour faste c’est-à-dire un jour non-férié, où on pouvait vaquer aux affaires privées et publiques. L’heureuse matrone ou l’heureux citoyen s’habillait de blanc, d’une robe ou d’une toge neuve si possible, symbole tout à la fois de pureté et de renaissance. Avec sa famille et ses amis, elle ou il offrait des couronnes de fleurs, des gâteaux, du vin et de l’encens à sa « Junon » ou son « Génie » ainsi qu’aux Lares, les dieux qui protégeaient la maison et ses habitants. On évitait cependant tout sacrifice d’animaux : verser du sang ce jour-là était censé porter malheur. Inutile de dire qu’il valait mieux aussi éviter de tuer quelqu’un…
Puis, on allumait des bougies sur l’autel et on prononçait les « vota », les vœux ou paroles demandant la protection du Génie pour la nouvelle année qui commençait.
Après s’être attiré les faveurs des esprits bienveillants, on essayait de chasser les malveillants. On pensait en effet que c’était le jour de son anniversaire que chacun risquait le plus d’attirer leur attention. Pour éviter ça, tous les parents, les amis et les clients devaient offrir un cadeau et faire à leur tour des vœux… Ne pas se conformer à ces obligations était considéré comme une grave offense.
Vous reconnaissez au passage des rituels que nous observons toujours, même si nous avons oublié à quoi ils étaient censés servir. Mais, rassurez-vous si vous ne m’avez pas souhaité un « bon anniversaire » cette année : je ne vous maudirai pas pour autant. 🙂

Enfin, à Rome, tous partageaient un repas qui pouvait se transformer en véritable banquet si Fortuna avait été favorable à celui ou celle qu’on fêtait. On devait sans doute y servir des desserts.
Mais la coutume de partager un gâteau rond orné de bougies nous vient plutôt de la Grèce. Les fidèles de la déesse Artémis lui en offraient un chaque sixième jour du mois. Sa rondeur symbolisait la pleine lune et ses bougies la lumière de l’astre nocturne dont elle était la divinité.

Ci-dessous, un gâteau que les Romains n’auraient jamais pu manger. Le chocolat n’arrive en Europe qu’en 1528 et ne se démocratise qu’XIXe s. Mais bon, j’adore le chocolat alors voilà voilà voilà 🙂

Mort de Cléopâtre

Le 12 août de l’an 30 avant notre ère, la reine Cléopâtre d’Égypte allait rejoindre Marc Antoine suicidé quelques jours auparavant.
Cet événement tragique qui a inspiré tant de tableaux et de films ne pouvait pas être absent d’ Alix Senator. Il apparaît dans le tome 2 de la série, quand notre sénateur raconte à Khephren ce qu’est devenu Enak, son père, quand Rome est entrée en guerre avec le royaume du Nil.

Maurice Tillieux

Né le 7 août 1921 à Huy en Belgique, Maurice Tillieux veut d’abord être marin. À 16 ans, il essaie de prendre clandestinement un bateau pour les Etats-Unis avec un ami, mais ils sont heureusement rattrapés avant le départ du quai. Quelques années plus tard, il intègre la marine marchande. Mais, le jour où il doit embarquer à Bordeaux, les Allemands bombardent le port et le navire qui doit l’emmener en Amérique du sud est contraint de faire demi-tour.

Tillieux, qui n’a jamais eu de formation de dessin, se tourne alors seulement vers la Bande Dessinée. Ses premiers dessins étant refusés partout, il écrit plusieurs romans policiers, peint des publicités, dessine des moteurs électriques… En 1944, il entre enfin au journal « Bimbo » mais celui-ci disparaît après la guerre. Tillieux aurait alors pu entrer chez « Spirou » pour qui il a déjà fait des illustrations, mais Charles Dupuis n’apprécie pas son dessin et refuse de le publier davantage.
Il rejoint alors le journal « Jeep » où il commence vraiment à faire de la Bande Dessinée à plein temps : il doit fournir 12 planches chaque mois. Cela ne l’empêche pas de collaborer aussi avec d’autres périodiques comme « l’Explorateur » où il publie sa série « Achille et Boule-de-Gomme » par exemple.
En 1947, il entre à « Héroïc-Album » pour lequel il crée deux ans plus tard la série « Félix » qui renoue avec les intrigues policières et surtout qu’il signe, pour la première fois, de son vrai nom (et non d’un pseudonyme américain). Jusqu’en 1956, il produit plus de soixante histoires de son vagabond fétiche.

À cette date Tillieux entre (enfin) au journal « Spirou » après la disparition d’« Héroïc-album ». Il aurait aimé y poursuivre les aventures de « Félix » mais on lui demande une nouveauté. Il crée alors « Gil Jourdan », une série très proche de la précédente. Elle rencontre un beau succès auprès des lecteurs du journal, même si les ventes ne décollent pas vraiment jusqu’aux années 70. De plus, Maurice Tillieux a plusieurs fois des soucis avec la censure française : il doit répondre au ministère de l’Intérieur de la façon dont les deux premiers albums de « Gil Jourdan » se moquent de la police et abordent le problème de la drogue. La onzième aventure du détective français lui vaut de retourner au ministère avec Morris (entendu pour « Billy the kid »). On est en 1964 et « Le Gant à trois doigts » se déroule dans un pays arabe alors que la guerre d’Algérie est encore très présente dans les mémoires. Quoi qu’il en soit, la parution continue et l’album sort normalement deux ans plus tard.
Quelques années plus tôt, en 1960, Tillieux s’était lancé en parallèle dans une autre série : « César », pour le journal « le Moustique ». Les gags sont repris ensuite dans « Spirou » pour combler des vides dans les pages du périodique.
Dans toutes ces histoires, on retrouve le goût de Tillieux pour les automobiles américaines et françaises qu’il n’hésite pas détruire dans des scènes spectaculaires. On compte ainsi 47 véhicules détruits rien que dans « Gil Jourdan ».

Mais c’est surtout comme scénariste que Maurice Tillieux poursuit sa carrière dans les années 70. Après avoir abandonné le dessin de « Gil Jourdan » à Gos, il crée « Jess Long » pour Arthur Piroton et « Marc Lebut et son voisin » pour Francis. Il reprend aussi le scénario de « Tif et Tondu » avec Will au dessin et écrit des histoire de « la Ribambelle » pour Roba ainsi que quelques gags de « Boule et Bill ». Pour Vittorio Leonardo, il scénarise un récit d’ « Hultrasson », le Viking, pour Roger Leloup deux des « Aventures électroniques » de « Yoko Tsuno » et, pour Walthéry, trois histoires de « Natacha », l’hôtesse de l’air.

Enfin, ironie tragique, Maurice Tillieux qui aime tant les voitures, meurt des suites d’un accident le 2 février 1978.

Ci-dessous :
– Maurice Tillieux © Walthéry, trouvé sur le site Lambiek.net
– extrait du Gant à trois doigts, Gil Jourdan, 1966

L’esclave de Vélasquez

Diego Vélasquez (mort à Madrid le 6 août 1660), ce n’est pas que les Ménines ou le portrait du pape Innocent X. C’est plus de 150 œuvres répertoriées et sans doute beaucoup d’autres perdues. En choisir une seule à vous montrer n’était donc pas chose facile.

Finalement, j’ai pris ce (magnifique) portrait réalisé en 1649 à Rome. Vélasquez y avait été envoyé par le roi d’Espagne Philippe IV pour acheter des peintures pour lui. Il n’était pas venu seul. Il avait emmené avec lui son esclave maure Juan de Pareja. Ce dernier l’aidait dans son atelier sans doute depuis au moins une dizaine d’années. Il lui servit ici de modèle. Le tableau fut exposé dès mars 1650 dans le portique du Panthéon. Il remporta un énorme succès.
Peut-être est-ce cela qui incita Vélasquez a affranchir Juan de Pareja la même année, avec tout de même comme condition qu’il reste à son service quatre années supplémentaires. Ce temps révolu, l’ancien esclave se mit à son compte comme peintre indépendant et fit une belle carrière jusqu’à sa mort en 1670.

Ci-dessous donc : portrait de Juan de Pareja, 1649, Metropolitan Museum of Art, New York.

Du danger d’être un “athée évadé” en 1546

Il était très risqué d’être imprimeur au XVIe siècle. Rien qu’en 1546, 4 furent étranglés puis brûlés place Maubert à Paris. Parmi eux se détache Etienne Dolet exécuté le 3 août 1546, le jour de son trente-cinquième anniversaire.

Issu d’une famille bien en cour – on le dit même fils illégitime du roi François Ier -, il passe son enfance à Orléans avant d’aller étudier à Paris puis à Padoue, Venise et Toulouse. Il est banni de cette dernière université en 1534 après de violentes disputes avec d’autres étudiants. Ce n’est pas la dernière fois que son fort tempérament lui vaudra des ennuis.

En 1535, il prend la défense de l’humanisme paganisant attaqué par Erasme dans son dialogue satirique « Ciceronianus ». L’écrivain des Pays-Bas se moque des auteurs fascinés par l’Antiquité classique au point d’en oublier d’être chrétiens. Dolet lui répond également sous la forme d’un dialogue satirique et le dédie à François Ier.

Le roi semble apprécier : il accorde à Dolet pour 10 ans le privilège d’imprimer tout ouvrage en latin, grec, italien ou français, de sa plume ou sous sa supervision. Mieux, François Ier accorde au décidément bien violent Dolet, sa grâce pour l’homicide accidentel d’un peintre commis le 31 décembre 1536.

L’écrivain va alors s’installer à Lyon, place forte de l’imprimerie à cette époque. Il édite des textes jugés majeurs aujourd’hui comme ceux de Galien, Rabelais, Marot ainsi que le Nouveau Testament en latin mais aussi… des livres jugés hérétiques par l’Église. C’était prendre trop de risques: bien que ses propres opinions religieuses ne soient pas connues avec certitude, Dolet est arrêté pour « athéisme » en 1542. Heureusement, l’évêque de Tulle qui est aussi le directeur du Collège royal – le futur Collège de France – et le maître de la librairie du roi, intervient en sa faveur. Dolet sort de prison au bout de 15 mois.

Mais ce n’était pas son genre d’en rester là, ni celui de l’Église : il récidive… et il est à nouveau emprisonné en 1544. Il s’évade alors, parvient à gagner le Piémont… mais revient à Lyon pour imprimer des lettres en appelant à la justice royale. Il est encore arrêté et la faculté de théologie de Paris le juge comme « athée évadé ». Abandonné par François Ier, Dolet est finalement supplicié place Maubert. Il est étranglé puis brûlé avec ses livres !

Depuis, le malheureux Etienne Dolet n’a pas été oublié : il est devenu un martyr de la liberté de pensée et d’expression. Sa statue élevée en 1889 à l’endroit de son exécution était le point de rassemblement des anti-cléricaux et des libres-penseurs jusqu’à sa destruction en 1942 par l’administration pétainiste. La même année son buste qui trônait à Orléans est également enlevé et fondu. Ce qu’il représentait n’était pas exactement en accord avec l’idéologie du régime de Vichy.
Aujourd’hui, l’imprimeur est de retour dans de nombreuses villes. S’il n’a pas de nouvelle statue place Maubert, il a des rues, des collèges et même une station de métro à son nom.

Ci-dessous, la statue de 1889, place Maubert. Dolet est représenté mains liées, une presse d’imprimerie sous les pieds.

Bœuf écorché

Ce 2 août, c’est l’anniversaire de Saskia van Uylenburgh (1612 – 1642), l’épouse et le modèle du peintre Rembrandt. J’ai failli vous montrer son portrait en Flore… Mais je vous avoue que j’ai été beaucoup plus marquée par une autre œuvre du maître d’Amsterdam : “le Bœuf écorché” peint en 1655 et aujourd’hui conservé au Louvre.
Rembrandt a réalisé très peu de natures mortes. Celle-ci fait près d’un mètre de haut. Elle est encore beaucoup spectaculaire « en vrai » qu’en photo. Aujourd’hui encore, je ne sais pas trop si elle me plaît ou si elle me dégoute un peu.

Marc Antoine, victime d’une fake news

Tout va mal pour Marc Antoine le 1er août de l’an 30 avant notre ère.

Moins d’un an auparavant, en septembre 31, il a perdu la bataille navale d’Actium face à la flotte d’Octavien, le futur Auguste. Il a même dû s’enfuir avec la reine Cléopâtre pour ne pas être fait prisonnier. Ces troupes ne lui ont jamais pardonné. Une grande partie a fait défection et a rejoint son adversaire. Depuis l’ancien triumvir est plongé dans un profond abattement dont même les fastueux banquets d’Alexandrie n’arrivent pas à le tirer.
Il n’a donc rien fait pour retarder l’avance d’Octavien vers la ville. Quand celui-ci a pris Péluse, la cité qui verrouillait le Nil, Antoine a perdu ses derniers alliés orientaux et ce qui restait de sa cavalerie et de sa flotte, sans même réagir ou presque.

Alors ce 1er août, Octavien et les siens sont entrés sans difficulté dans Alexandrie. Depuis les rumeurs les plus folles courent les rues. Il paraîtrait même que Cléopâtre n’a pas voulu tomber aux mains de son vainqueur et s’est suicidée dans son palais ! Pour Marc Antoine, désespéré, c’est une nouvelle trahison, la pire de toutes. Mais lui non plus ne tombera pas aux mains d’Octavien. Sans attendre, il se jette sur son épée. Hélas, la rumeur de la mort de la reine est totalement fausse. Prévenue, elle se précipite auprès de son amant, mais c’est trop tard. Il est mourant.

Cléopâtre se tuera à son tour une douzaine de jours plus tard. Octavien sera sans doute déçu qu’elle ne figure pas à son futur triomphe à Rome, mais il sera beau joueur. Comme Marc Antoine a demandé par testament à être enseveli avec la reine, le futur empereur leur fera donner une sépulture commune mais, même aujourd’hui, nul ne sait où elle se trouve.

Ci-dessous :
Marc Antoine et Cléopâtre, interprétés par James Purefoy et Lynsey Marshal dans la deuxième saison de la série Rome (2007).

Un homme fatal

Il n’y a pas que les femmes fatales comme Theda Bara dont je vous parlais hier. Il y a des hommes fatals aussi. Emily Brontë, née le 30 juillet 1818 en Angleterre, en créa un magnifique dans son unique roman « Wuthering Heights » (« Les Hauts de Hurlevent »), publié en 1847 : Heathcliff.

Ceux qui connaissent le roman peuvent sauter ce paragraphe. Pour les autres en voici l’argument : « Lorsque Mr Earnshaw ramène d’un voyage un enfant abandonné, Heathcliff, les réactions de ses enfants évoquent les orages qui s’abattent sur le domaine des Hauts du Hurlevent. Le fils Hindley n’accepte pas cet enfant sombre et lui fait vivre un enfer. La fille, Catherine, se lie très vite à lui, d’un amour insaisissable et fusionnel. Tous trois grandissent, dans cet amas de sentiments aussi forts qu’opposés. Heathcliff devient un homme sans scrupule, qui jure de se venger des deux hommes ayant empêché le déploiement de son amour : Hindley, le frère ennemi, et Edgar, le mari de Catherine. La destruction de ces deux familles et de leurs descendances constitue alors son seul objectif. »

Heathcliff ira très loin dans sa vengeance, séduisant ses victimes avant de leur infliger cruautés et humiliations avec la plus grande délectation.
Le voici parlant d’Hareton, le fils de son ennemi Hindley qu’il a recueilli tout enfant après le décès de son père :
« Hareton a répondu à mon attente. S’il eût été naturellement idiot, mon plaisir serait moitié moindre. Mais il n’est pas idiot ; et je peux sympathiser avec tous ses sentiments, les ayant éprouvés moi-même. Je sais très exactement ce qu’il souffre en ce moment, par exemple ; ce n’est d’ailleurs qu’un simple avant-goût de ce qu’il souffrira. Il ne sera jamais capable de sortir de son abîme de grossièreté et d’ignorance. Je le tiens mieux que ne me tenait son coquin de père, et je l’ai fait descendre plus bas, car il s’enorgueillit de son abrutissement. Je lui ai appris à mépriser comme une sottise et une faiblesse tout ce qui n’est pas purement animal. Ne croyez-vous pas que Hindley serait fier de son fils, s’il pouvait le voir ? Presque aussi fier que je le suis du mien. Mais il y a une différence : l’un est de l’or employé comme pierre de pavage, l’autre du fer-blanc poli pour jouer un service en argent. Le mien n’a aucune valeur en soi ; pourtant j’aurai le mérite de le pousser aussi loin qu’un si pauvre hère peut aller. Le sien avait des qualités de premier ordre, elles sont perdues ; je les ai rendues plus qu’inutiles, funestes. Moi, je n’ai rien à regretter ; lui, il aurait à regretter plus que qui que ce soit. Et le plus beau est que Hareton m’est attaché en diable ! Vous conviendrez qu’ici j’ai surpassé Hindley. Si ce défunt drôle pouvait sortir de sa tombe pour me reprocher mes torts envers sa progéniture, j’aurais l’amusement de voir ladite progéniture le repousser et s’indigner qu’il ose médire du seul ami qu’elle ait au monde.
Heathcliff laissa échapper un rire de démon à cette idée. »

Laurence Olivier dans le rôle d’Heathcliff en 1939. © Samuel Goldwyn Pictures

Le Serpent du Nil

On le sait depuis Eve et le serpent, la femme est aussi dangereuse que séduisante. Au début du 20e s, apparut un nouvel avatar de cette pernicieuse créature : la « vamp », la femme fatale version gothique.

Bien avant la Vampira du « Plan 9 from outer space » d’Ed Wood (1959) ou plus sérieusement les personnages incarnés par Marlène Dietrich, Theda Bara fut la première vamp du cinéma.
L’actrice était née le 29 juillet 1885 dans l’Ohio et s’appelait en fait Theodosia Burr Goodman. Mais c’était nettement moins évocateur. À l’époque, le Mal fait femme se devait d’être exotique. La peur de la séduction féminine rejoignait alors celle de l’étranger aux coutumes jugées étranges.
Le studio de Theodosia, la Fox Film Corporation, lui créa donc son personnage de Theda Bara, surnommée, « the siren of the Nile », traduit en France par « le Serpent du Nil ». Theda était censée être née au Caire d’un sculpteur italien et d’une actrice française, deux nationalités de séducteurs, comme le veut le cliché. Bien sûr, Theda avait une chambre de sultane, elle aimait les crânes humains en décoration et avait des pouvoirs surnaturels.

Elle joua son premier grand rôle en 1915 dans « A fool there was » (« Embrasse-moi, idiot ») de Frank Powell. Le film décrit la déchéance d’un riche diplomate qui perd famille et emploi après avoir rencontré une « vampire », une femme séduisant les hommes pour les abandonner et détruire leur vie. Theda joua ce personnage, l’archétype qui donna son nom à la fameuse « vamp ». Il la rendit célèbre et fit la fortune du studio.

Par la suite, elle tourna une quarantaine d’autres films dont l’un rencontra, en 1917, un succès encore plus grand qu’« A fool » . Il faut dire que Theda y incarnait la vamp ultime, une Orientale aussi rusée que puissante, donc forcément vénéneuse et déterminée à asservir tous les hommes passant à sa portée : la trop charismatique Cléopâtre. En plus de causer la perte de pauvres Romains (presque) innocents et bien incapables de résister à ses charmes, la reine d’Égypte se montrait dans des tenues qui valurent au film d’être censuré dès la proclamation du Code Hays en 1930.

Theodosia arrêta dès 1919 ce genre de rôle, mais elle ne retrouva plus jamais le succès. Hélas, la plupart de ses films furent détruits en 1936 dans l’incendie d’un entrepôt.

Ci-dessous :
– Theda Bara photographiée par Orval Hixon en 1921
– La même dans Cléopâtre