Coatlicue

Pour changer des héros grecs et autres saintes médiévales que je vous montre le plus souvent, voici Coatlicue, la déesse de la Terre et de la fertilité aztèque ou plutôt un monolithe de 2,5 mètres (!) qui la représente.

© Luidger

Il est totalement symétrique : la tête de Coatlicue est faite de deux serpents affrontés. D’autres serpents lui font une jupe grouillante de vie. Elle porte au-dessus un collier de mains, de cœurs et de crânes humains. Vous l’avez compris: c’est autant une divinité de la mort que de la vie.

Découvert en 1790 sous la Plaza Mayor de Mexico, le monolithe fut exposé à l’université de la Nouvelle-Espagne. Mais les frères dominicains qui administraient l’endroit se rendirent vite compte que les descendants locaux des Aztèques lui portaient des colliers de fleurs et continuaient de l’adorer malgré leur conversion au catholicisme. Les religieux enterrèrent donc à nouveau la grande sculpture. À part une brève exhumation en 1803, elle dut attendre 1821 et l’indépendance du Mexique pour revoir la lumière du jour.
Elle est aujourd’hui exposée au musée national d’anthropologie de Mexico.

Fête des pères : Silène et Dionysos

Fils de Zeus, le roi des dieux grecs, et d’une mortelle, le jeune Dionysos, le futur dieu de l’ivresse et de tous ses excès, était menacé par Héra, l’épouse jalouse et délaissée de son père. Elle avait coutume de punir sauvagement toutes ses rivales ainsi que leur progéniture.

Pour protéger le bébé, Zeus le confia à Silène, un satyre, plus connu pour son goût de la musique et de la danse que pour son amour des enfants. Pourtant, Silène s’attacha au petit dieu et devint le modèle du père adoptif protecteur et aimant.

Plus tard, Silène et Dionysos restèrent inséparable : le satyre devenu la personnification de l’ivresse prit la tête du cortège divin. Vieillard burlesque et constamment ivre, il est aussi un personnage toujours de bonne humeur et bienveillant (ceci explique peut-être cela, vous me direz).

Ci-dessous : Silène avec Dionysos enfant. Marbre, copie romaine du milieu du IIe siècle ap. J.-C. d’un original grec (vers 300 av. J.-C.), conservée aux musées du Vatican (Museo Chiaramonti, Braccio Nuovo)

© Jastrow

Néron enfant

Et si vous pouviez remonter le temps et tuer Néron avant qu’il ne devienne empereur le feriez-vous ?

Photo © Scailyna

Statue de Néron enfant réalisée vers 50 après J.-C. et conservée au Louvre.
Néron est né en 37. En 50, il est adopté par l’empereur Claude, remarié depuis deux ans avec sa mère, Agrippine la Jeune.
Néron est ici représenté en taille réelle ou proche (1,38 m). Il porte encore la toge prétexte des enfants libres ainsi que la bulla, un pendentif rempli d’amulettes protectrices.

Sinon, ah oui, Néron est mort le 9 juin 68, c’est pour ça que je vous montre cette statue aujourd’hui.

Canard d’Ougarit

Il n’y a pas que les chatons qui sont mignons, les canards aussi…

Boîte à fard en forme de canard réalisée en ivoire d’hippopotame au XIIIe siècle av. J.-C. et conservée au Musée du Louvre.
Elle provient du site de Mahadou, une ancienne cité portuaire du royaume d’Ougarit aujourd’hui appelée Minet el-Beida et située en Syrie.

Milon de Crotone, l’Obélix de la Grèce antique

Milon est un athlète qui vécu à Crotone (en Grèce) au VIe siècle avant notre ère. Il remporta de très nombreuses victoires dans les concours de lutte des Jeux panhelléniques au point de devenir le symbole de la force brute et le sujet de nombreuses anecdotes légendaires. Plusieurs me font beaucoup penser à Obélix.

Ainsi, lors d’un banquet réunissant les disciples de Pythagore, le plafond manqua de s’effondrer, mais Milon réussit à le soutenir à lui tout seul, le temps que la salle soit évacuée. À croire qu’il était tombé lui aussi dans la potion magique quand il était petit.

Une autre fois, faute de sanglier, Milon marcha la longueur d’un stade (200 mètres environ) avec un taureau sur le dos. Puis, il l’assomma à coups de poings et le mangea tout entier dans les heures qui suivirent.

Milon de Crotone, sculpture réalisée entre 1671 et 1682 par Pierre Puget, Musée du Louvre.

Hélas, toujours selon la légende, Milon eut une fin particulièrement tragique. C’est elle que représente la statue de Pierre Puget que je vous montre ci-dessus. Milon voyageait en Italie quand il vit au bord de la route un vieux chêne à l’écorce fendue. Il glissa sa main dans l’ouverture pour casser l’arbre en deux. Mais la fente se referma sur sa main et il fut incapable de l’en sortir… même quand il fut attaqué par une meute de loups qui le dévorèrent vivant. Puget a remplacé ces loups par un lion pour donner un aspect plus héroïque à son œuvre.

En réalité, il semble bien que Milon soit mort dans sa maison mais d’une manière tout aussi douloureuse : il aurait succombé à un incendie criminel pendant une guerre civile qui mit à mal sa cité.

Le dragon “Côtes-de-Bretagne”

Ce charmant petit dragon aurait pu être le bijou préféré de Daenerys Targaryen dans Game of thrones, pourtant il s’agit d’un joyau bien réel et toujours conservé au Louvre de nos jours..
Le rubis spinelle d’origine était surnommé « Côtes-de-Bretagne » car le roi de France François Ier l’avait hérité des ducs de Nantes en 1530. Il fut sculpté en forme de dragon seulement deux cent ans plus tard, en 1749. Louis XV en fit alors une des pièces maîtresses de sa somptueuse parure colorée de chevalier de l’Ordre de la Toison d’Or, un ordre honorifique espagnol.
Volé avec les autres joyaux de la couronne en septembre 1792, le dragon fut néanmoins récupéré par Louis XVIII en 1796. Il rejoignit les collections nationales en 1886. Il n’a plus quitté la galerie d’Apollon depuis.
Pour les curieuses et les curieux, il est large de 2,5 cm et long de 4,5 pour un total de 105 carats (!)

La croix de Lothaire

La « Lotharkreuz » que je vous montre ci-dessous est une grande croix précieuse réalisée à la fin du Xe siècle de notre ère. Elle a été donnée par Otton III, roi de Francie orientale (Germanie) puis empereur, à la cathédrale d’Aix-la-Chapelle où il avait été couronné en 983.

© Sailko

Le principal ornement de la croix est caractéristique de l’idéologie impériale germanique de l’époque qui faisait d’Otton le successeur des empereurs romains : il s’agit d’un camée en sardonyx (mélange de sardoine et d’onyx) représentant l’empereur Auguste couronné de lauriers et tenant à la main un sceptre avec un aigle. Il date même du début du Ier s. de notre ère !

La croix elle-même, haute de 50 cm, sans compter son pied en argent du XIVe siècle, est faite de chêne recouvert de feuilles d’or et incrustée de 102 pierres semi-précieuses et 33 perles, parfois de réemploi comme le camée. Son revers est délicatement gravé d’une crucifixion et d’une main de Dieu.

L’objet tire son nom d’un sceau en quartz vert situé près de sa base qui porte le nom d’un certain « Lothaire », sans doute un roi du IXe siècle, de France ou de Lotharingie (royaume situé entre la France et la Germanie et qui finit par se faire avaler par eux).

Mithra et le dieu léontocéphale

Le mithriacisme était une religion à mystères d’origine perse qui se propagea dans l’Empire romain à partir du 1er siècle avant notre ère et attieignit son apogée durant le 3e siècle avant de disparaitre avec la montée du christianisme. Il était réservé aux hommes et attirait tout particulièrement les soldats.

Il faut dire que la principale image qu’il nous a laissée était particulièrement virile et violente : c’est le jeune dieu Mithra, un symbole solaire, en train d’égorger un taureau.

Mithra sacrifiant le Taureau (100-200 apr. J.-C.), collection Borghese, Galerie du Temps au Louvre-Lens. © Serge Ottaviani

À côté de lui, on trouve parfois des représentations d’un dieu léontocéphale, c’est-à-dire à tête de lion. C’est lui aussi une divinité cosmique, un dieu du Temps assimilé par les Romains à leur Chronos/Saturne. Il éclaire le monde de sa torche tout en étant debout sur le globe terrestre et entouré des six spires d’un serpent qui représentent le cours du soleil le long de l’écliptique, entre chaque solstice.

Sur la statue ci-dessous, quatre signes du zodiaques sont aussi sculptés sur le dieu. Le Bélier et la Balance sur sa poitrine et le Cancer et le Capricorne sur ses cuisses. Ce sont les signes qui marquent le début de chaque saison.

Le dieu a la gueule ouverte pour impressionner ses fidèles : comme le Temps, il dévore tout, il est le Vorace par excellence.

Léontocéphale provenant de la Villa Albani, 2e siècle de notre ère, Musées du Vatican, Rome. © Vassil

Un trilobite

© DanielCD

Ce mignon petit animal marin, perminéralisé et trouvé près de Saint Pétersbourg, vivait il y a environ 450 millions d’années.

Après sa mort, les espaces vides situés dans son corps se sont remplis d’eau riche en minéraux. Ces minéraux sont passés à l’état solide avant que la chair ait eu le temps de se décomposer, d’où les nombreux détails qui apparaissent sur le fossile.