La dragée dans tous ses états

J’ai entendu hier soir à la TV pour la xième fois l’expression « tenir la dragée haute » à propos de politique internationale. Bon, ça veut dire « tenir hors de porter de quelqu’un quelque chose qu’on lui a promis tant qu’il ne s’est pas assez humilié pour l’avoir ». Mais pourquoi mêler ce sympathique bonbon croustillant à un acte de domination ?

Eh bien, l’expression viendrait d’un ancien jeu consistant à attacher une dragée à une cordelette accrochée au bout d’un bâton et à l’agiter en hauteur devant un enfant. Il devait sauter et essayer de l’attraper pour pouvoir la manger. C’était un supplice de Tantale ludique, en quelque sorte.

En général, on offre plutôt des dragées à ses invités lors de mariages, baptêmes et autres cérémonies du même genre. Cette tradition remonte au Moyen-Âge. La dragée a été créée en 1220 par un apothicaire de Verdun qui voulait mieux conserver et transporter plus facilement ses amandes. On lui a vite attribué de nombreux bienfaits : bonne pour la digestion, elle combat la stérilité et aide les femmes enceintes à éviter les fausse-couches. En offrir est donc devenu donc un rituel de fécondité qui ne dit pas son nom… et qu’on a tous bien oublié.

Finalement, la gourmandise est bien suffisante pour expliquer qu’on continue à offrir des dragées dans les grandes occasions.