Noces rouges

Ce soir c’était Noces Rouges de Claude Chabrol (1973), une peinture à la fois glaciale et étouffante d’un couple adultérin de la bourgeoisie provinciale tant de fois dépeinte par le réalisateur. Comme il le dit en interview : « Ce sont des gens qui croient vivre un amour romantique, alors que pas du tout, ils vont coucher dans les bois. » et cela les amène à tuer leur conjoint respectif juste parce qu’ils n’ont pas pensé qu’ils pouvaient les quitter et partir ailleurs…
À voir, s’il n’y avait qu’une raison, pour la scène où Claude Piéplu, le mari trompé et politicien cynique, explique à quel point il est satisfait d’être cocu… car cela met à sa merci l’amant de sa femme.

Publié le Catégories Cinéma
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Une incursion dans le manga

Je peux enfin vous en parler, grâce à Frederic Toutlemonde se concrétise une envie qui me tenaille depuis j’ai découvert le manga : écrire pour la BD japonaise.

Ces derniers mois, j’ai en effet scénarisé un hommage à Osamu Tezuka sous la forme d’une courte variation sur son œuvre majeure (qui est aussi une de mes préférées) : La Vie de Bouddha. Elle est en train d’être dessinée par mon talentueux camarade de l’Atelier virtuel, Brice Cossu et paraîtra au Japon dans le magasine Tezucomi de cet été.

Bref, je suis bonheur et joie.

 

La Chandeleur

Hier, comme tous les 2 février, c’était la Chandeleur, la fête des crêpes mais aussi des chandelles.

Selon la tradition, c’est le pape Gélase 1er qui en 472 a mené la première procession aux flambeaux un 2 février. À cette date, les Chrétiens célébraient la Présentation de Jésus au Temple et la Purification de la Vierge. Dans le récit biblique, quarante jours après son accouchement, Marie, comme toutes les mamans juives qui venaient d’avoir leur premier garçon, offrit un sacrifice à son Dieu et lui présenta son fils. Au Temple, elle fut reçue par Siméon, un vieillard, qui reconnut dans le nouveau-né la « lumière d’Israël ».

Ces idées de « lumière » et de « purification » étaient présentes aussi dans les fêtes religieuses d’autres cultures célébrées en février. « Februarius », février en latin, est d’ailleurs dérivé du verbe « februare » qui veut dire « purifier ». Chaque 15 février avaient lieu à Rome les Lupercales, des fêtes qui visaient à purifier la ville et à lui assurer une année de prospérité. De même, les Celtes célébraient au début du mois, la déesse Brigit (devenue la sainte Brigitte fêtée… le 1er février) qui devait purifier les champs et y ramener la fertilité.
Je vous laisse apprécier le fait que les femmes venant d’accoucher ainsi que la terre nourricière devaient être purifiées… D’autant que ces cérémonies prenaient parfois un tour extrêmement violent comme les Lupercales dont je vous reparlerai sans doute ou les fêtes de l’ours célébrées à l’origine chez les Germains ou les Scandinaves. La sortie du plantigrade de son hibernation hivernale marquait le retour de la lumière. Elle était fêtée par des déguisements en ours, des feux de joie… et des simulacres d’agressions sexuelles qui dégénéraient à l’occasion en vrais viols.

Pour le pape et les évêques chrétiens, mettre en avant la fête des chandelles, c’était autant lutter contre le paganisme que contre ces violences ritualisées. Mais, me direz-vous, on est toujours loin des crêpes. Pas tant que cela en fait. La tradition raconte que c’est le même pape, Gélase 1er qui institua les processions aux flambeaux et les crêpes. Il faisait distribuer ces gâteaux aux pèlerins qui étaient arrivés trop tard à Rome pour y fêter Noël. Rondes et dorées, les crêpes rappellent, comme les galettes des rois, le soleil et sa chaude lumière. De plus, les paysans les confectionnaient avec de la farine provenant de leur récolte précédente alors même qu’ils entamaient les semailles d’hiver qui devaient leur amener la suivante. C’était à nouveau un rituel liant retour de la lumière et de la fécondité, mais beaucoup plus pacifique que les précédents.

Ci-dessous :
– La présentation de Jésus au Temple, fresque de Fra Angelico, vers 1437-1446, Florence.
– Crêpes de la Chandeleur ©Helena-Zolotuhina

Très riches Heures du duc de Berry : le festin de janvier

Mieux vaut tard que jamais : voici l’illustration du mois de janvier des Très Riches heures du duc de Berry.

Le duc lui-même est représenté sur la droite, en bleu, avec une coiffe en fourrure brune. A côté de lui, on voit l’inscription « Approche approche », sorte de « bulle » avant l’heure et, effectivement, des proches, prélats et laïcs avancent vers lui.
Devant la table, deux serviteurs, des écuyers tranchants (chargés de découper la viande) portent l’écharpe blanche des partisans des Armagnacs.
 
La France est alors en pleine guerre civile. Suite à la folie du roi Charles VI, le pays est dirigé par un conseil de régence. Outre la reine Isabeau, ses membres les plus influents sont Jean sans Peur, duc de Bourgogne, et Louis d’Orléans, frère du souverain et gendre de Bernard VII d’Armagnac. Deux hommes aussi puissants et ambitieux ne peuvent pas s’entendre longtemps et leur conflit personnel dégénère très vite en véritable guerre. Les « Bourguignons » et les « Armagnacs » s’affrontent donc pendant 25 ans, de 1410 à 1435 !
 
Le duc de Berry appartient au parti des Armagnacs. Le festin représenté ci-dessus est peut-être celui qu’il a organisé le 1er janvier 1415 pour tenter de réconcilier ses alliés avec leurs ennemis bourguignons dans le cadre de la paix d’Arras qu’ils vont signer le mois suivant. Malheureusement, cette paix se révélera n’être qu’une trêve et les hostilités reprendront très vite.
 
L’idée de guerre est d’ailleurs présente dans le motif d’arrière-plan de la scène: de grandes tapisseries qui montrent des scènes de la mythique guerre de Troie.

Pour découvrir les autres mois : juilletaoûtseptembreoctobre, novembre , décembre ainsi qu’une fête chrétienne illustrée dans le livre : l’Ascension

 

 

Angoulême 2019

Comme chaque année, je serai présente au prochain festival de la Bandes dessinée d’Angoulême.
Je signerai mes albums sur le stand Casterman :
– Jeudi 24 janvier de 15h à 16h30
– Vendredi 25 janvier de 15h30 à 17h
– Samedi 26 janvier de 18h à 20h
J’y serai avec Denis Bajram mais Thierry Démarez et Steven Dupré sont restés à la maison pour préparer nos prochains albums.

Orange mécanique

… Ou harcèlement et auto-censure avant les réseaux sociaux.

Le 13 janvier 1971 sortait en salle, Orange mécanique, de Stanley Kubrick.Film de science-fiction autant que satire sociale, il raconte les dérives d’un sociopathe ultra-violent que son gouvernement va tenter de réhabiliter au moyen de séances de conditionnement extrêmement malsaines.

Le film ne fut pas censuré à sa sortie comme on le voit souvent écrit mais Kubrick reçut beaucoup de lettres de menaces et d’insultes. Des attroupements d’opposants virulents au film eurent même lieu devant sa maison.
Lassé de ce harcèlement et craignant pour la sécurité des siens, le réalisateur finit par demander à Warner Bros, qui diffusait le film, de le retirer des salles anglaises. Ce qui fut fait. Kubrick empêcha aussi toute diffusion en vidéo ou à la télévision britannique de son œuvre. Cette auto-censure dura jusqu’à la mort du réalisateur : Orange mécanique ne fut projeté à nouveau à Londres qu’en l’an 2000 !

À méditer à l’heure où la critique des œuvres vire de plus en plus souvent au harcèlement sur les réseaux sociaux. Avec, en réponse, l’autocensure des auteurs. Espérons que la colère des foules de tous bords n’en vienne pas à nous priver des Orange mécanique de demain.

Votez Rumiko Takahashi !

Tribune publiée originellement sur Actualitte.com

Chers amis auteurs et autrices de BD, comme chaque année depuis 2013, nous sommes invités à voter pour élire le prochain Grand Prix de la ville d’Angoulême. Nombreux sont ceux dont nous admirons les œuvres et qui n’ont pas encore été récompensés. Et surtout « nombreuses ». Depuis sa création en 1974, le Grand Prix n’a été décerné qu’une seule fois à une autrice : Florence Cestac en l’an 2000.

Claire Brétécher, souvent citée, n’a reçu en fait que le Prix du 10e anniversaire. À l’heure où la question de l’invisibilisation des femmes et plus généralement celle de leur égalité avec les hommes sont plus que jamais au cœur des préoccupations sociétales, il est très tentant de vous demander de voter simplement pour une autrice, quelle qu’elle soit, par principe. Mais ce serait dire que le sexe d’une autrice importe plus que son œuvre. Ce serait la dévaloriser d’une autre façon.

Alors non, je ne vous propose pas de voter que pour une femme, je vous propose surtout de voter pour « un grand auteur ».

Rumiko Takahashi fait partie de ces mangakas, qui ont marqué durablement plusieurs générations d’entre nous. Nous l’avons pour beaucoup découverte grâce aux animes tirés de ses récits et diffusés à la télévision à partir de 1988, avant de lire ses livres eux-mêmes après 1994. Ses séries les plus connues sont, bien sûr, Maison Ikkoku (Juliette, je t’aime), Ranma ½ ou Urusei Yatsura (Lamu).

 

Mais Rumiko Takahashi n’est pas seulement une des plus grandes autrices de comédies loufoques et romantiques ou de shonen d’arts martiaux, elle excelle aussi dans le récit historique, le fantastique ou même l’horreur. Quel que soit le sujet, sa créativité débordante, sa narration aussi claire qu’inventive et son dessin extrêmement attachant lui ont fait toucher le plus grand public.

La récompenser, c’est aussi réaffirmer que la Bande dessinée n’a pas à avoir honte d’être une culture populaire, que le « tout public » n’est pas forcément synonyme de « médiocrité » et que s’adresser en priorité aux adolescents ne veut pas dire qu’on ne fait pas œuvre d’auteur.

 

La Maison Ikkoku (Juliette, je t’aime)

J’emploie les termes « Bande dessinée », mais je devrais, bien sûr, plutôt dire « Manga ». Voter pour Rumiko Takahashi, c’est aussi voter pour une créatrice japonaise, donc faire un choix doublement radical et résolument actuel. Pendant très longtemps le palmarès du Grand Prix est resté très franco-belge.

Les Américains Will Eisner et Robert Crumb, primés en 1975 et 1999, faisaient figure d’exceptions. Depuis 2011 et le Prix attribué à Art Spiegelman, les choses ont un peu évolué. Mais seul un Japonais, Katsuhiro Otomo, a reçu le Grand Prix en 2015. Akira Toriyama a dû se contenter du Prix du quarantenaire deux ans plus tôt.

 

Ranma 1/2

Alors, et c’est une amoureuse de la Bande Dessinée franco-belge qui vous le dit, il est temps d’amplifier l’ouverture des Grands Prix sur le monde et de rendre compte de l’impact qu’ont eu les mangakas sur notre imaginaire, notre sensibilité et nos propres créations.

Rumiko Takahashi est arrivée quatrième des votes l’an passé. Faisons en sorte qu’elle reçoive enfin en 2019 le Grand Prix qu’elle mérite depuis bien longtemps.