Aujourd’hui, nous sommes le 21 août 2018 pour le calendrier grégorien mais aussi le 10 du mois de dhou al-hijja de l’année hégirienne 1439 selon le calendrier musulman. Autrement dit, aujourd’hui, commence la plus grande fête de l’Islam : l’Aïd el-Kebir. Elle se terminera dans quelques jours, en même temps que le hajj, le pèlerinage aux lieux saints.
L’Aïd el-Kebir célèbre la foi d’Ibrahim (Abraham pour les Juifs et les Chrétiens) qui accepta de sacrifier à Dieu son fils unique Ismaël (Isaac pour les deux autres monothéismes) ainsi que l’acceptation par ce dernier d’être sacrifié. Heureusement, selon la tradition, Dieu envoya l’archange Jibril (Gabriel) qui remplaça le garçon par un mouton.
Pour commémorer cet événement, les Musulmans doivent à leur tour sacrifier un animal, en général un mouton. Un tiers de ses morceaux sont ensuite offerts aux pauvres tandis que la famille consomme le reste.
En Occident, la pratique de l’abattage à domicile est très controversée et parfois instrumentalisée par des groupes hostiles aux Musulmans. En France ou en Belgique, les autorités essaient d’orienter les fidèles vers des abattoirs agréés pour une meilleure sécurité sanitaire. Des militants de la défense des animaux essaient aussi de faire prévaloir un étourdissement préalable de l’animal pour limiter ses souffrances lors de l’égorgement rituel. Certains théologiens de l’Islam autorisent d’ailleurs les fidèles à remplacer le sacrifice par une aumônes aux pauvres. D’autres, des soufis, vont même plus loin en recommandant le végétarisme aux Musulmans.
Ci-dessous :
Illustration de Qisas al-anbiya (L’Histoires des prophètes) de Ishaq Ibn-Ibrahim al-Nishapuri datant de 1595 environ, conservée à la Bibliothèque Nationale de France, Paris
Le 15 août est férié chez nous en l’honneur de l’Assomption de Marie, une grande fête catholique.
Pour les croyants, la Vierge Marie, la mère du Christ, n’est pas morte comme tout un chacun, mais elle est directement montée au Ciel ou, selon l’expression consacrée, « entrée dans la gloire de Dieu ».
Cet épisode de la vie, si j’ose dire, de Marie ne vient pas du Nouveau testament. Aucun Evangile n’en parle. Les premiers à le faire sont des auteurs ecclésiastiques orientaux du IVè siècle après Jésus-Christ. Trois cents ans plus tard, l’Occident a adopté cette tradition et le pape Théodore institue officiellement la fête correspondante. Elle prend le nom d’Assomption au VIIIè siècle.
La fête a ensuite une importance particulière en France, surtout après 1638. Le roi Louis XIII qui vient enfin d’avoir un fils après 23 ans de mariage (le futur Louis XIV), remercie alors la Vierge de son aide (!) en lui consacrant le royaume et en instaurant des processions tous les 15 août.
Mais la fête n’est définitivement consacrée que le 1er novembre 1950 (!) quand le pape Pie XII proclame que l’Assomption est un dogme, c’est-à-dire une vérité révélée par Dieu rendue simplement explicite par l’Eglise.
Les chrétiens orthodoxes célèbrent aussi la Vierge le 15 août lors d’une fête proche de l’Assomption: la Dormition. Pour eux, Marie a bien été élevée au Ciel comme pour les catholiques, mais pas « directement ». Elle est auparavant morte et a dû être ressuscitée par son fils.
De leur côté, les chrétiens protestants rejettent et l’Assomption et la Dormition. Ces fêtes relèvent pour la plupart de l’idolâtrie : ils reprochent aux catholiques et aux orthodoxe de vouer à la Vierge une adoration qui n’est destinée qu’à Dieu. Ceux qui continuent à fêter le 15 août comme les luthériens ou les anglicans parlent seulement de la « fête de Marie ».
Ci-dessous :
l’Assomption de la Vierge Marie par Fra Angelico, panneau de reliquaire, 1432 env., Isabelle Stewaer Gardner Museum, Boston.
l’Assomption de la Vierge Marie par Philippe de Champaigne, 1671, Musée Thomas henry, Cherbourg -Octeville
Voici le folio du mois d’août des Très Riches Heures du duc de Berry. Comme je vous l’expliquais le 1er juillet, ce livre d’heures contient un calendrier avec tous les rites chrétiens annuels. Commandé par Jean de Berry (1340 – 1416), il ne fut terminé qu’après sa mort vers 1485-86.
La page dédiée à août montre à l’arrière-plan le château d’Étampes (Essonne) dont le donjon ou tour de Guinette est toujours debout de nos jours. Le duc de Berry l’acheta à la mort du comte d’Etampes et l’offrit au mari de sa petite-fille. Une interprétation fait donc des personnages nobles du premier plan le duc et ses petits-enfants. Mais cette identification est très discutée.
Derrière ces figures aristocratiques, on voit des paysans se livrant aux travaux des champs ou se baignant dans une rivière. Leur nudité est parfois interprétée comme une manière de les montrer comme des êtres vulgaires et grossiers. On aurait alors une opposition claire entre les nobles et les paysans qui serait un reflet de l’idéologie du commanditaire du livre d’heure. Jean de Berry idéaliserait les aristocrates mais mépriserait les paysans.
Ou la rencontre inattendue de la littérature populaire et de la culture classique.
La nuit dernière, je me suis livrée au plaisir (un peu) coupable de lire Les adorateurs de Dshubba, une aventure de Richard Blade, voyageur de l’infini.
Dans un des premiers chapitres, un « brigand du désert » subit une des séances de torture les plus explicites que j’ai lues depuis un moment. Il faut ce qu’il faut. Passé le « Ah mais c’est dégoutant ! » de rigueur pour se donner bonne conscience dans ces cas-là et pouvoir continuer sa lecture, je me suis rendue compte que le supplice de ce pauvre pillard était directement inspiré de celui qui coûta la vie… à saint Érasme.
Selon l’hagiographie, saint Érasme de Formia était l’évêque de cette ville de Campanie (Italie) au 3è siècle. Il fut persécuté par les empereurs romains Dioclétien et Maximien Hercule. Tour à tour, il fut jeté dans une fosse avec des serpents, couvert d’huile bouillante et de de souffre, plongé dans un bain bouillant, enfermé dans une armure de métal brûlant puis dans un tonneau avec des pointes saillantes qui fut roulé à bas d’une montagne. Et ce n’est pas fini : ses dents furent arrachées, ses doigts cloués; il fut encore enduit de poix et enflammé… Je vous passe le reste : ça devient répétitif. Mais il survécut à tout et, bien sûr, ne cessa pas de vouloir convertir les habitants de l’empire au christianisme.
C’est alors que, pour s’en débarrasser définitivement, un Romain eut une idée très dégout… originale. C’est elle qui est reprise dans Blade. On ouvrit largement le ventre du saint et ses intestins furent enroulés autour d’un cabestan de navire.
Plus tard, saint Erasme devint le patron des marins mais on le pria aussi pour éviter les maladies intestinales et assister les femmes souffrant pendant leur accouchement.
En 1628, le peintre Nicolas Poussin illustra même cette scène pour la basilique Saint Pierre de Rome pour orner un autel consacré au saint. Vous pouvez admirer son tableau ci-dessous.
Le 18 juillet 390 avant notre ère a lieu un événement qui traumatise les Romains pour plusieurs siècles : la bataille de l’Allia, du nom de la rivière près de laquelle elle se déroule.
Là, à seulement une quinzaine de kilomètres de leur ville, les troupes du tribun consulaire Quintus Sulpicius Longus subissent une des pires défaites de l’histoire romaine face à l’armée gauloise de Brennus, inférieure en nombre mais beaucoup plus expérimentée. Paniqués par les chants de guerre gaulois, surpris par l’assaut de leurs adversaires qui ont d’emblée déjoué leur tactique, les Romains se font massacrer. Ceux qui parviennent à fuir se noient en masse. Les survivants rejoignent une cité étrusque tout proche et renoncent à rentrer tout de suite à Rome.
La ville est abandonnée aux Gaulois qui la mettent à sac à l’exception du Capitole. Cet épisode donne lieu ensuite à l’invention de nombreux épisodes héroïques et est exagéré par la plupart des auteurs/historiens romains.
Trois cents ans plus tard, quand César part à la conquête des tribus gauloises, la mémoire de l’Allia est encore bien présente à Rome. Elle fait douter certains de la capacité du proconsul à triompher de ses adversaires et poussent les autres à espérer une revanche qui lave enfin leur humiliation.
Le Brenn et sa part de butin par Paul Jamin, 1893.
Depuis, cette victoire gauloise contre les Romains et le sac de Rome qui a suivi n’ont pas cessé d’alimenter l’imaginaire français pour le pire et le meilleur. Au XIXè siècle, l’image du barbare se teinte d’une connotation érotique comme on le voit dans le tableau de Paul Jamin ci-dessus. Mais, parallèlement, dans le cadre de l’affirmation de la nation française et de la lutte contre l’Allemagne, Brennus devient aussi un symbole nationaliste.
Un extrait des Légions perdues, Alix, par Jacques Martin, 1965, éditions Casterman.
C’est tout naturellement donc qu’Alix part à la recherche de l’épée du chef gaulois, dans Les Légions perdues, pour empêcher Pompée de s’en servir pour rallumer la guerre en Gaule (ce qui donne l’occasion à Jacques Martin de présenter Brennus et les oies du Capitole)
Le bouclier de Brennus, ciselé en 1892.
À notre époque encore, l’équipe victorieuse du championnat de France de Rugby reçoit en récompense le « bouclier de Brennus ». On dit souvent qu’il doit son nom du chef gaulois alors qu’il s’agit en fait simplement de celui de son créateur : Charles Brennus, un maître graveur du XIXè siècle passionné de sport.
Mais c’est beaucoup moins héroïque !
C’est sur la foi du portrait posté plus bas que le roi Henri VIII d’Angleterre – le Barbe Bleu local – choisit Anne de Clèves comme quatrième épouse en 1539. Hélas, le roi fut très déçu par leur première rencontre. Il jugea la jeune femme de 24 ans d’une beauté très moyenne.
Obligé néanmoins de l’épouser en janvier 1540 pour ne pas faire capoter son alliance avec sa famille, il fit annuler le mariage dès le mois de juillet suivant. Il n’avait jamais été consommé.
La reine accepta très facilement son sort: Henri avait 24 ans de plus qu’elle, pesait près de 150 kilos (alors que le surpoids commençait à être très dévalorisé), avait un ulcère nauséabond à la jambe, passait pour un amant brutal et avait déjà fait décapiter une de ses épouses pour la remplacer par une maîtresse morte depuis en couches…
Paradoxalement, par la suite, Anne de Clèves et Henri VIII gardèrent des rapports cordiaux voire affectueux. Elle lui survécut 10 ans.
C-dessous :
Anne de Clèves par Hans Holbein le Jeune, 1539, Musée du Louvre.
Je prends prétexte de l’anniversaire de l’assassinat de Marat, le 13 juillet 1793, par Charlotte Corday, pour poster le fameux tableau de Jacques Louis David.
Le peintre, révolutionnaire convaincu et proche de Robespierre, admire Marat et le connaît personnellement. Il est même l’un des derniers à l’avoir vu vivant et c’est lui qui organise ses funérailles.
Il représente ici le journaliste mourant sereinement, une lettre de Charlotte Corday encore en main. On le voit prenant un de ses bains curatifs au souffre (pour apaiser un grave eczéma ?), la tête enveloppée d’un tissu imbibé de vinaigre pour apaiser ses migraines.
Par ce tableau, David transforme l’ « Ami du peuple » en véritable martyr de la Révolution. Il idéalise sa mort, lui donne valeur de symbole et la place directement à côté de celle des héros de l’Antiquité qu’il illustrait avant 1789.
ci-dessous :
Jacques-Louis David, La Mort de Marat (1793), musées royaux des Beaux-Arts de Belgique.
Je sais, je vous ai déjà parlé de cette femme peintre du 17è siècle. Mais comme c’était son anniversaire hier (elle est née le 8 juillet 1593) et que c’est, en quelque sorte, la patronne des autrices de BD, je ne résiste pas au plaisir de reposter un de ses tableaux.
Voici Judith décapitant Holopherne réalisé en 1620 et aujourd’hui conservé dans la Galerie des Offices à Florence.
« Bis repetita placent » après tout.
Puisque nous sommes le 1er juillet, voici la page correspondant à ce mois dans Les Très Riches heures du duc de Berry.
Un livre d’heure est un ouvrage permettant à son propriétaire de connaître les différentes prières quotidiennes. Il comprend aussi souvent un calendrier avec tous les rites et cérémonies annuels.
Jean de Berry (1340 – 1416) commanda les illustrations du sien aux frères Paul, Jean et Herman de Limbourg vers 1410-1411. Inachevé à leur mort à tous, il ne fut terminé que vers 1485-1486.
Ici, sont représentés les travaux de juillet : la tonte des moutons et la moisson. A l’arrière-plan, derrière la rivière Boivre, on peut voir le château de Poitiers. Incendié par les Anglais (on est en pleine guerre de 100 ans), il avait été reconstruit pour le duc par l’architecte Guy de Dammartin vers 1378-1380.
Les Chrétiens célébraient dimanche dernier la Pentecôte, du grec ancien « pentêkostề hêméra », le cinquantième jour. Cette fête se situe donc toujours le septième dimanche ou le quarante-neuvième jour après Pâques.
Elle commémore la descente du Saint-Esprit sur les disciples du Christ. Selon les Actes des Apôtres, une langue de feu se posa sur leur tête et ils reçurent le don de pouvoir s’exprimer dans d’autres langues que la leur. Il ne leur restait plus qu’à se répandre dans le monde pour lui apporter la promesse du salut universel.
L’Église était née.
La Pentecôte dans le Livre d’heures de Béatrice de Rieux, vers 1390, bibliothèque Les Champs Libres, Rennes.