La dragée dans tous ses états

J’ai entendu hier soir à la TV pour la xième fois l’expression « tenir la dragée haute » à propos de politique internationale. Bon, ça veut dire « tenir hors de porter de quelqu’un quelque chose qu’on lui a promis tant qu’il ne s’est pas assez humilié pour l’avoir ». Mais pourquoi mêler ce sympathique bonbon croustillant à un acte de domination ?

Eh bien, l’expression viendrait d’un ancien jeu consistant à attacher une dragée à une cordelette accrochée au bout d’un bâton et à l’agiter en hauteur devant un enfant. Il devait sauter et essayer de l’attraper pour pouvoir la manger. C’était un supplice de Tantale ludique, en quelque sorte.

En général, on offre plutôt des dragées à ses invités lors de mariages, baptêmes et autres cérémonies du même genre. Cette tradition remonte au Moyen-Âge. La dragée a été créée en 1220 par un apothicaire de Verdun qui voulait mieux conserver et transporter plus facilement ses amandes. On lui a vite attribué de nombreux bienfaits : bonne pour la digestion, elle combat la stérilité et aide les femmes enceintes à éviter les fausse-couches. En offrir est donc devenu donc un rituel de fécondité qui ne dit pas son nom… et qu’on a tous bien oublié.

Finalement, la gourmandise est bien suffisante pour expliquer qu’on continue à offrir des dragées dans les grandes occasions.

Ondine

Voici Ondine peinte par John William Waterhouse en 1872. Selon une légende alsacienne, Ondine est une jeune fille dotée de toutes les qualités par les fées accourues autour de son berceau, comme la Belle au bois dormant. Mais son histoire est beaucoup plus tragique. Enlevée par un chevalier, Ondine finit par tomber amoureuse de lui (oui, ça ne paraissait pas invraisemblable à l’époque). Elle l’aime tellement qu’elle refuse de le laisser pour rejoindre sa mère, tombée gravement malade. Choquée, sa fée-marraine condamne alors la jeune fille à aimer son ravisseur, quoi qu’il arrive.

Hélas, celui-ci en a déjà assez de sa compagne. Pour pouvoir la quitter, il l’accuse d’infidélité. Elle rejette, bien sûr, cette accusation mais il « refuse » de la croire à moins qu’elle ne se soumette à une épreuve impossible : aller remplir un énorme vase de l’eau de la vallée du Nideck. Elle accepte. Pendant plusieurs jours, Ondine porte donc son trop lourd fardeau jusqu’à la fameuse cascade vosgienne. Mais elle s’effondre d’épuisement en y arrivant. Émue, sa marraine lève enfin sa malédiction et transforme sa protégée en nymphe aquatique.

On dit qu’Ondine apparaît encore dans les brumes soulevées par la chute d’eau les jours d’orage…

La cascade du Nideck

Cabinet de curiosités

Il y avait un moment que je ne m’étais pas baladée sans but sur internet. Je me suis rattrapée aujourd’hui et je suis tombée sur ce réjouissant Cabinet de curiosités réalisé par Domenico Remps en 1690 et conservé à l’Opificio delle pietre dure, à Florence.


Les cabinets de curiosités sont des meubles ou des pièces renfermant des collections d’objets rares, étranges ou précieux rassemblées à partir du XVIe siècle, surtout en Europe.

Ils mêlent sans distinction des « naturalia », des éléments naturels (coquillages, fossiles, animaux empaillés) et des « artificialia » créées par l’homme (œuvres d’art, instruments scientifiques, artefacts exotiques). On les rassemblait pour faire admirer la diversité et la richesse du monde mais aussi parfois pour affirmer la réalité de l’existence d’objets ou d’animaux légendaires. On pouvait y trouver par exemple des cornes de licorne ou des os de dragon.

Apparus notamment chez des princes, savants et collectionneurs, ces cabinets témoignent d’une volonté de comprendre et d’organiser le savoir à une époque marquée par les grandes découvertes. Ils ne suivent pas encore de classification scientifique stricte, mais reposent sur l’émerveillement et la curiosité.

Au fil du temps, ces collections ont évolué vers des formes plus organisées, donnant naissance aux « cabinets d’histoire naturelle » au XVIIIe siècle, d’où naitront ensuite les premiers musées.

Alix senator 17 : preview du poète Horace

Le poète latin Horace serait mort fin novembre de l’an 8 avant notre ère. Vous ne le connaissez sans doute pas mais c’est un des grands écrivains de l’époque augustéenne.

Soutenu par Mécène, le conseiller de l’empereur amoureux des arts, il composa de nombreuses Satires, Odes et Épodes ainsi que des Épitres qui sont parvenues jusqu’à nous tant sa virtuosité, son lyrisme et son humour suscitèrent d’admiration à son époque et dans les siècles qui suivirent.

Je vous le montre ici dans un extrait de planche du tome 17 d’Alix senator à paraître l’an prochain, Le Maître des masques. Les vers qu’il prononce devant Alix et ses amis ont hélas été perdus depuis.
(Bien sûr, ils sont de moi et servent avant tout le propos de l’album…)

Dan Cooper, héros de BD et… pirate de l’air

Dan Cooper n’est pas qu’un héros de BD, c’est aussi un mystérieux pirate de l’air qui a bel et bien existé.

Le 24 novembre 1971, à 16 h 35, un homme enregistré sous le nom de Dan Cooper détourna un Boeing qui avait décollé de Portland aux États-Unis. Il menaça de faire exploser une bombe à bord en montrant le contenu de sa mallette : des câbles électriques et des « bâtons rouges ».

Portrait dessiné du pirate de l’air Dan Cooper, © AP

Quand l’avion atterrit près de Seattle, à 17 h 45, Dan Cooper relâcha les passagers contre une rançon de 200 000 $ et 4 parachutes. Puis à 19 h 45, le pirate de l’air ordonna à l’équipage (composé de 3 membres) de décoller à nouveau vers Mexico et de voler vers 10 000 pieds, sans pressurisation, à faible vitesse, avec le train d’atterrissage et 15 degrés de volets sortis.

Le 727 de Northwest Airlines détourné par Dan Cooper ©Getty – Bettmann

Pendant que l’avion se dirigeait vers Reno pour y faire escale, Dan Cooper sauta de l’escalier arrière de l’avion avec deux parachutes et l’argent. Le FBI suppose qu’il s’échappa vers 20 h 11 au-dessus du sud-ouest de l’État de Washington. Mais, par manque de visibilité, les deux avions de chasse qui surveillaient le vol qui le transportait ne virent pas l’évasion du pirate.
Les recherches durèrent 18 jours sur le lieu supposé de l’atterrissage de Dan Cooper mais aucune trace de lui ne fut retrouvée.

En 1980, seule une partie de la rançon (6000 $) fut découverte par hasard par une famille qui pique-niquait près du fleuve Columbia.
Aujourd’hui encore, on ignore si le pirate survécut à son aventure et même qui il était vraiment.

En tout cas, il fit des émules : lors de 15 des 31 détournements d’avion survenus aux États-Unis en 1972, le pirate de l’air demanda des parachutes, et 5 réussirent à sauter. Il fallut doter les Boeings d’un mécanisme qui empêchait l’escalier arrière d’être abaissé pendant le vol. On l’appela « l’aile de Cooper ».

Le Déluge de Commerre

De la tempête (Benjamin) au déluge, il n’y a qu’un pas. Voici donc Le Déluge, peint en 1911 par Léon Commerre et exposé au Musée des Beaux-Arts de Nantes.

Si le mythe du déluge, une inondation catastrophique au point de détruire l’humanité ou presque, est présent dans de nombreuses cultures, il est surtout connu chez nous par sa version présente dans le récit biblique de le Genèse. Dieu, en colère contre sa création, décide de tout noyer à l’exception de Noé, de sa famille et d’un couple de chaque espèce animale. Tous trouvent refuge dans une arche géante et survivent finalement pour repeupler la terre après la descente des eaux.

Mais Commerre n’a pas cherché à illustrer la survie des rares élus mais les victimes du cataclysme aux prises avec l’extrême violence de celui-ci. Son style académique tardif lui permet de rendre tangible le déferlement de la pluie comme l’horreur des derniers instants d’un groupe d’hommes, de femmes et d’enfants. Tous sont déjà aussi blêmes que les cadavres qui les entourent et aussi terrifiés que les animaux qui les ont rejoints sur leur pauvre bout de rocher. Entourés d’eaux noires, éclairés par une lumière ultra-dramatique, tragiquement nus, ils ne le savent pas encore, mais ils sont déjà en Enfer et y entrainent le spectateur avec eux.

L’Escamoteur escamoté

On le sait les vols dans les musées sont trop courants… Le tableau que je vous montre aujourd’hui, L’Escamoteur de Jérôme Bosch, peint entre 1475 et 1505, fut ainsi escamoté le 13 décembre 1978 du Musée municipal de Saint-Germain-en-Laye, par un groupe d’hommes dans lequel figuraient deux des futurs fondateurs du groupe Action Directe.

L’œuvre fut retrouvée moins de deux mois plus tard. Mais le musée dut fermer ses portes et le tableau n’est plus exposé de manière permanente mais bien caché dans un coffre-fort.

C’est assez ironique quand on pense que la toile représente un gogo, hypnotisé par un bateleur au point de cracher des grenouilles (ou de les avaler ? on dirait avaler des couleuvres, nous), en train de se faire voler sa bourse. Le voleur regarde vers le ciel, l’air de rien, mais plusieurs spectateurs comprennent ce qui se passe et se moquent de la victime plutôt que de lui venir en aide. Ainsi, dans ce tableau, bêtise, malhonnêteté et cruauté semblent se partager le monde, une vision des choses qu’on peut encore aisément partager certains jours de notre cher XXIe siècle.

1792 : on vole les joyaux de la Couronne !

Ce dimanche 19 octobre, huit « bijoux des souverains français » ont été dérobés dans une vitrine du Musée du Louvre.

Aussi étonnant que soit ce vol, ce n’est pas la première fois que des joyaux de la Couronne française disparaissent ainsi dans la nature. Du 11 au 17 septembre 1792, plusieurs dizaines de voleurs (40 ?) menés par un certain Paul Miette avaient réussi à entrer chaque nuit (!) dans le Garde-Meuble de la Couronne, place de la Révolution (de la Concorde aujourd’hui). Ils avaient emporté près de 9 000 (!) pierres précieuses dont le fameux diamant « Régent » représentant à lui seul la moitié de la valeur de la collection. Les brigands étaient déjà passés par une fenêtre du premier étage mais ils s’étaient simplement aidés d’une corde et non d’un monte-charge.

 

Heureusement pour les bijoux et malheureusement pour les pillards, ils furent rapidement arrêtés. Huit d’entre eux furent reconnus coupables de « conspiration tendant à spolier la République » et condamnés à la guillotine. Mais il fallut deux ans pour retrouver la plupart des pierres. Le « Bleu de France », un gros diamant de cette couleur, réapparut, lui, 20 ans plus tard en Angleterre. C’est aujourd’hui le diamant Hope exposé au Smithsonian Institute (Washington).

L’Abbatiale Saint-Vigor à Cerisy-la-Forêt

L’agréable balade du week-end. Nous sommes allés nous promener en forêt de Cerisy, dans la Manche. Nous en avons profité pour visiter la charmante abbatiale de l’ancienne abbaye Saint-Vigor.
Elle a été fondée dès le VIᵉ siècle de notre ère par Vigor, un évêque de Bayeux qui sera canonisé. Il a fait élever les premiers bâtiments sur des terres données en remerciement après son combat victorieux contre… un dragon.
Détruite par les Vikings, l’abbaye est relevée par Robert le Magnifique, père de Guillaume le Conquérant, au XIᵉ siècle. Elle reste un important centre économique et culturel jusqu’à la Révolution.
À cette date, elle est confisquée comme les autres biens de l’Église puis vendu à un artificier qui la démolit en grande partie pour en vendre les pierres. Elles servent à construire des routes et élever des maisons.
Restée debout, l’abbatiale est classée au titre des monuments historiques en 1840 et elle mérite toujours le détour.

La mort d’Auguste

Ironie de l’Histoire, Auguste meurt le 19 août 14 apr. J.-C., pendant le mois qui porte son nom depuis l’an 8 avant notre ère. Il se trouve alors à Nola, en Campanie, dans la cité de son père. Âgé de 75 ans, il est le seul maître de Rome depuis plusieurs décennies et le premier d’une longue série d’empereurs.

Les historiens antiques ne pouvaient passer à côté de l’événement. Certains, favorables à Livie et à son fils Tibère, le successeur d’Auguste, montrent le vieil empereur mourir dans les bras aimants de son épouse. D’autres, Tacite et Dion Cassius pour ne pas les nommer, reprennent au contraire à leur compte les rumeurs accusant Livie d’avoir empoisonné son mari avec des figues. Il était temps après plus de 50 ans de mariage (!) Auguste aurait eu le tort de vouloir, peut-être, changer d’héritier.

Un autre historien, Suétone, s’est attaché à rapporter les derniers instants de l’empereur : coiffé et maquillé de frais, il aurait demandé à ses amis s’ils avaient apprécié le spectacle de sa vie et, si oui, de l’applaudir, comme s’il n’avait fait, toute sa vie, que jouer la comédie.

Des thématiques que j’exploite avec bonheur dans ma série Alix senator, comme ici dans le tome 3, La Conjuration des rapaces.