Le 26 septembre 1791 naquit à Rouen le peintre romantique Theodore Gericault. C’est, bien sûr, l’auteur du fameux Radeau de La Méduse. Mais c’est un autre tableau que je vous montre aujourd’hui : La Monomane de l’envie ou La Hyène de la Salpêtrière.
Il s’agit de l’un des cinq portraits de fous que Géricault réalise vers 1819-1820.
L’idée de soigner les malades mentaux est alors toute récente : c’est seulement depuis la Révolution qu’on ne les enferme plus en prison mais dans des hôpitaux comme la Salpétrière. Son médecin-chef, Jean-Estienne Esquirol vient d’ailleurs tout juste de définir la « monomanie » comme une fixation psychique et obsédante d’un malade sur un objet unique. C’est peut-être lui qui commande ce portrait de femme à Géricault, pour le montrer en amphithéâtre à ses élèves et illustrer ses travaux.
Une deuxième théorie veut que le tableau ait été commandé au peintre… pour le guérir de sa propre dépression par son médecin, Étienne-Jean Georget, un autre psychiatre de la Salpétrière.
En fait, on ne saura sans doute jamais ce qui a pu réellement motiver Géricault, mais le résultat est là : je suis sûre que vous aurez bien du mal à oublier ce regard maintenant.
Ça fait trop longtemps que je n’ai pas fait de statut « éphéméride ». Pour me faire pardonner, et puisque l’automne commence ce lundi 23 septembre, voici les Saisons du peintre milanais Giuseppe Arcimboldo.
Ces portraits grotesques d’hommes réalisés avec des fruits et légumes font rire depuis leur réalisation en 1573. L’empereur Maximilien II de Habsbourg les commanda à Archimboldo pour les offrir au puissant Auguste de Saxe dont les armes figurent sur la collerette de l’hiver.
Mais l’empereur ne voulait pas qu’amuser son allié. Il voulait surtout lui signifier tout l’étendue de son pouvoir et lui rappeler combien il lui était supérieur. L’empire Habsbourg se voulait alors semblable aux saisons : éternel et exerçant sa domination sur les hommes et tout le règne de la Nature.
Archimboldo, les saisons, 1573, musée du Louvre.
L’Hiver dialogue avec le printemps et l’été avec l’automne.
Les guirlandes de fleurs ont sans doute été ajoutées au XVIIe siècle.
Juste comme ça : extrait du Livre d’heures de Catherine de Clèves, vers 1440-1445, conservé par la Pierpont Morgan Library de New York.
Un livre d’heures est un ouvrage destiné à aider les fidèles catholiques à suivre les différentes prières de la journée formant la « liturgie des Heures ». Progressivement s’y sont ajoutés d’autres prières comme celles de l’office des morts illustrées ici.
Je vous laisse méditer sur ce sympathique démon multigueule.
Diego Vélasquez (mort à Madrid le 6 août 1660), ce n’est pas que les Ménines ou le portrait du pape Innocent X. C’est plus de 150 œuvres répertoriées et sans doute beaucoup d’autres perdues. En choisir une seule à vous montrer n’était donc pas chose facile.
Finalement, j’ai pris ce (magnifique) portrait réalisé en 1649 à Rome. Vélasquez y avait été envoyé par le roi d’Espagne Philippe IV pour acheter des peintures pour lui. Il n’était pas venu seul. Il avait emmené avec lui son esclave maure Juan de Pareja. Ce dernier l’aidait dans son atelier sans doute depuis au moins une dizaine d’années. Il lui servit ici de modèle. Le tableau fut exposé dès mars 1650 dans le portique du Panthéon. Il remporta un énorme succès.
Peut-être est-ce cela qui incita Vélasquez a affranchir Juan de Pareja la même année, avec tout de même comme condition qu’il reste à son service quatre années supplémentaires. Ce temps révolu, l’ancien esclave se mit à son compte comme peintre indépendant et fit une belle carrière jusqu’à sa mort en 1670.
Ci-dessous donc : portrait de Juan de Pareja, 1649, Metropolitan Museum of Art, New York.
Ce 2 août, c’est l’anniversaire de Saskia van Uylenburgh (1612 – 1642), l’épouse et le modèle du peintre Rembrandt. J’ai failli vous montrer son portrait en Flore… Mais je vous avoue que j’ai été beaucoup plus marquée par une autre œuvre du maître d’Amsterdam : « le Bœuf écorché » peint en 1655 et aujourd’hui conservé au Louvre.
Rembrandt a réalisé très peu de natures mortes. Celle-ci fait près d’un mètre de haut. Elle est encore beaucoup spectaculaire « en vrai » qu’en photo. Aujourd’hui encore, je ne sais pas trop si elle me plaît ou si elle me dégoute un peu.
Le célèbre peintre autrichien Egon Schiele naquit le 12 juin 1890. Il laissa environ 300 peintures quand il disparut 28 ans plus tard. Beaucoup sont marquées par un érotisme mortifère. Elles exposent des corps cadavériques, dénudés, dans des positions torturées.
Le tableau que vous voyez ci-dessous, « La Famille », n’est moins gênant qu’en apparence. Il s’agit d’un autoportrait de Schiele avec son enfant et sa femme, Edith. Réalisé pendant la grossesse de cette dernière, il s’agit d’une projection, d’une vision du futur du peintre.
Le souci est que son épouse mourut de la grippe espagnole à son sixième mois de grossesse et que l’enfant ne naquit jamais. Schiele lui-même fut emporté par le mal peu de temps après sa jeune femme. Le tableau ne fut jamais achevé. Il reste une prédiction jamais advenue, comme la vision d’un bonheur jamais atteint.
On nous a menti. Les dragons ne crachent pas de feu. Ce sont juste des gros pythons qui avalent tout cru leurs adversaires :
Jason régurgité par le gardien de la Toison d’or devant Athéna. Coupe de Douris, v. 480-470 av. J.-C. venant de Cerveteri (Italie).
Je suis très « tête de mort » ces temps-ci. Rassurez-vous, ce n’est pas parce que je déprime…Voici donc une Vanité de Philippe de Champaigne, réalisée vers 1671 et conservée au musée de Tessé au Mans (France).
Pour les curieux, une « vanité » est une peinture allégorique du caractère transitoire et vain de la vie humaine. Son nom vient du vers de l’Ecclésiaste dans l’Ancien Testament : « Vanité des vanités, tout est vanité ». En d’autres termes, la vie humaine est vaine : vide et inutile. Seule compte, la vie éternelle après la mort.
On trouve bien sûr des représentations de la mort dès l’Antiquité polythéiste mais les vanités proprement dites apparaissent au XVIIe siècle à un moment où Réforme et Contre-Réforme s’affrontent au sein de la Chrétienté et où on se pose plus que jamais des questions sur le sens de la vie. Philippe de Champaigne est lui-même un peintre proche des jansénistes, un mouvement religieux catholique rigoriste.
Ici, la tête de mort est simplement accompagnée d’un sablier et d’une fleur en train de faner, symboles du temps qui passe trop vite. Mais sur d’autres tableaux, on trouve aussi des livres, des bijoux, des armes ou encore du vin et des jeux pour illustrer la vanité du savoir, de la richesse, du pouvoir ou des plaisirs, toutes choses s’effaçant d’un coup devant la toute puissance de la mort.
Voici une des fresques les plus célèbres de Pompéi. C’est un tondo, un portrait peint sur un support en forme de disque. Réalisé vers l’an 50 de notre ère, il est conservé actuellement au Musée archéologique national de Naples.
Il représente une jeune femme aisée avec un filet d’or sur les cheveux et de lourdes boucles d’oreille du même métal. L’air songeur avec lequel elle approche son stylet de la bouche et tient ses tablettes de cire a longtemps fait penser qu’elle écrivait une lettre ou composait des vers. On l’avait même surnommée Sappho, du nom de l’autrice grecque qui avait chanté son amour des jeunes filles dans ses nombreux poèmes. Mais la réalité est moins romantique : au 1er siècle, les tablettes de cire ne servent pas aux activités culturelles – on leur préfère alors le papyrus – mais économiques et comptables. La jeune femme n’est donc pas en train d’écrire mais… de faire ses comptes.
Ce mois-ci encore vous n’échapperez pas aux Très Riches Heures du duc de Berry.
La miniature correspondant au mois de mai représente la cavalcade de riches jeunes gens en forêt. Traditionnellement, au début du mois, on allait y chercher des branches et des feuillages pour faire les couronnes porte-bonheur que l’on voit déjà portées par plusieurs personnages. On s’habillaient aussi parfois de vert pour l’occasion.
La jeune femme au centre avec la grande coiffe blanche a souvent été identifiée à Marie de Berry, fille du duc dont les fiançailles sont représentées sur la miniature du mois d’avril. On aurait alors une scène de son mariage avec Jean de Bourbon présent sous la forme du cavalier en bleu ou bien de celui en blanc, rouge et noir.
A l’arrière-plan, les bâtiments sont plus difficilement reconnaissables que sur d’autres miniatures. Les historiens y voient souvent le Palais de la Cité avec le Châtelet et la Tour de l’Horloge. C’est là que Marie de Berry et Jean de Bourbon se sont effectivement mariés. On le retrouve d’ailleurs sur la miniature suivante du mois de juin.